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lundi, 06 octobre 2008 02:00

La voie de K.G. Dürckheim

Écrit par

darbellay41590KGDurckMaryline Darbellay, Karlfried G. Dürckheim. Une rencontre entre l'Orient et l'Occident. Ecarts et convergences avec le christianisme, L'Harmattan, Paris 2007, 366 p.

Située à la croisée de la psychologie jungienne, de la mystique de Maître Eckhart et de la tradition zen, l'oeuvre de K.G. Dürckheim continue d'inspirer maints courants thérapeutiques et spirituels actuels. La voie initiatique proposée par le thérapeute du Centre de Rütte tente de répondre à la soif d'absolu de nos contemporains. L'ouvrage de Maryline Darbellay présente de manière exhaustive et critique l'oeuvre de Dürckheim. Il permet au lecteur de la comprendre et d'en mesurer les richesses et les limites d'un point de vue anthropologique, philosophique et théologique.

En exposant la vision de l'homme qui s'enracine dans « l'expérience de l'Etre », l'autrice met en lumière l'anthropologie transcendantale de Dürckheim : par la percée de l'Etre essentiel, le moi existentiel est débarrassé de ses peurs d'anéantissement, d'absurdité et d'isolement, pour advenir à sa pleine maturation qui le rend libre et créatif.

La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée à la conception de l'Etre et de l'Un, notions fondamentales, quoique différentes, en Orient et en Occident. Spéculative et critique, cette présentation met bien en perspective les convergences et les divergences de la pensée de Dürckheim avec celle de la tradition chrétienne. L'ouvrage porte donc bien son titre.

Le lecteur y trouve de quoi nourrir sa réflexion : l'expérience de l'Etre est-elle identique à celle du Dieu révélé ? L'Unité visée ne diffère-t-elle pas ? Le rapport à l'histoire, à l'éthique, au langage n'est-il pas escamoté par Dürckheim ? Autant de questions qui trouvent des réponses claires, précises et argumentées.

Elles permettent, tout en soulignant l'apport incontestable de Dürckheim à un chemin vers l'Essentiel, de mettre en relief la spécificité de la révélation chrétienne. Ainsi, par exemple, du logos de la croix. Celui-ci ouvre, par delà la vie terrestre, à la résurrection comme communion avec Dieu. Autrement dit, la résurrection est le fruit de la croix et non de la mort : « Ce n'est pas du fait qu'il soit mort que Jésus nous obtient la résurrection. En effet, la mort n'est pas en soi un acte d'amour. Sur la croix, Jésus nous révèle qu'il vit sa mort - laquelle résulte de la violence des hommes - comme un don suprême? dans la mesure où il reçoit totalement son être du Père, il peut faire de sa mort comme de sa vie, un don pour les autres, 'pour qu'ils aient la vie' (Jn 10,10). »[1] La résurrection du Christ est donc une victoire eschatologique, au sens où il a vaincu définitivement la mort (Rm 6,9).

Cet instrument de travail est précieux par sa qualité synthétique et réflexive. Intégrant les apports psycho-spirituels qui interrogent un dogmatisme doctrinal barrant la route de la foi et de l'expérience chrétienne à beaucoup de nos contemporains, il distingue pour unir. Ce n'est pas la moindre de ses qualités.

1 - P. 342.

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