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mercredi, 22 novembre 2017 16:51

Des duos et des femmes

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Barbara GiongoNataly Sugnaux Hernandez & Barbara Giongo, Théâtre de Grütli © Steeve LunckerDes directions bicéphales et féminisées. Ces derniers mois ont vu souffler un vent de changement à la tête des grandes institutions scéniques genevoises, telles que les théâtres Saint-Gervais, de l’Orangerie, du Grütli, de la Nouvelle Comédie et du festival La Bâtie. Parmi ces nouvelles directions, deux duos: celui de Denis Maillefer et Natacha Koutchoumov à la Nouvelle Comédie, et celui de Natalie Sugnaux Hernandez et Barbara Giongo au Théâtre du Grütli. Et sur les sept nouveaux directeur(trice)s, cinq sont des femmes.

Traditionnellement, les directions de théâtres ou d’autres structures promouvant les arts vivants étaient accordées à d’illustres metteurs en scène, qui faisaient dédits théâtres leur «maisons» en y associant leurs noms. On entendait beaucoup plus souvent: «on va chez…» que: «on va au…», dogme que l’on peut facilement apparenter aux grands chefs de restaurants. Ce patrimoine, bien masculin, affirmait, avec virilité, la prise de rôle, le pouvoir… Mais progressivement, on a vu de plus en plus de femmes s’installer à la tête des théâtres, et les formations et parcours des directeurs(rices) ont commencé à varier. Un excellent exemple est celui du duo formé par Nataly Sugnaux Hernandez et Barbara Giongo, qui dirigent le Théâtre du Grütli. Elles sont toutes deux chargées de production et de diffusion de compagnies de théâtre. Certains pourraient reprocher le côté plus logistique qu’artistique de leur parcours, mais la Ville de Genève préfère se féliciter de leur projet qui permet à des artistes de faire tourner leur spectacle après leur création. «Pour nous, de par notre parcours, c’est naturel de se mettre au service des artistes, précisément parce que nous ne sommes pas des artistes», expliquent-elles.

Cette tendance aux duos s’observe aussi hors des limites du canton de Genève. L’été passé, à Lausanne, la direction du festival Les Urbaines, dont la nouvelle identité visuelle a été dévoilée en octobre, a été attribuée à Ysaline Rochat et Samuel Antoine. Au Théâtre des Osses, à Fribourg, c’est en 2014 que Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier ont entamé leur mandat de codirection. Cependant il ne s’agit pas là d’un phénomène récent. Denis Maillefer, par exemple, n’en est pas à se première codirection. Il a dirigé de 2011 à 2016 le Théâtre Les Halles, à Sierre, avec Alexandre Doublet, avant de se retirer et de laisser ce dernier mener seul la barque. L’actuel directeur du Théâtre de Vidy à Lausanne, Vincent Baudriller, a quant à lui codirigé le Festival d’Avignon de 2003 à 2013, avec Hortense Archambault. On trouve d’ailleurs bien d’autres codirections en France, comme au Théâtre Nationale de Toulouse (2008-2018), au Centre national dramatique de Montpellier (en 2018) ou encore au Théâtre de la Cité international à Paris (depuis 2016).

«Vrais ou faux» duos

Il faut cependant être prudent quant à l’appellation de «codirection». En France, il s’agit plus généralement d’une direction menée en tandem entre un/une directeur(rice) du théâtre et un/une directeur(rice) administratif(ve). Dans le «modèle suisse», par contre, c’est avant tout un projet qui est choisi, en fonction de la réelle complémentarité du duo, la tâche de directeur(rice) n'étant de fait pas trop lourde pour une seule personne, comme cela a été maintes fois prouvé…

Les candidatures bicéphales ne sont jamais spécifiquement demandées par les services de la culture ou les conseils de fondation. Ainsi la plupart des candidats postulent en «solo», et parmi le peu de duos qui se présentent, il faut écarter les duos «de circonstance», ceux où l’un des postulant a rejoint l’autre en cours de route, une fois le projet imaginé, dans l’unique but de répondre aux besoins du théâtre dans lequel ils postulent. Par exemple, si une institution propose du théâtre et de la danse, on peut voir, pour l’occasion, un duo de postulant metteur(e) en scène/chorégraphe se former. Ils sont en général facilement dissociables des «vrais» duos, des coéquipiers qui se connaissent depuis longtemps, qui ont déjà collaboré ensemble et qui, surtout, ont une vision et un projet communs.

C’était le cas de Nataly Sugnaux Hernandez et Barbara Giongo lorsqu’elles ont postulé au Grütli. Elles s’étaient longuement côtoyées avant, échangeant sur les problèmes que l’une ou l’autre pouvait avoir dans son propre travail et cherchant ensemble des solutions: «C’est très stimulant de travailler ensemble, on rebondit l’une sur l’autre, on va deux fois plus loin! Il y a aussi une idée de complémentarité artistique (arts plastique/théâtre) et de parcours: on a un champ de vision plus large, à nous deux, on a toute la planète! (rires).»

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