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Etienne Perrot sj

jeudi, 16 avril 2015 16:47

Cléricalisme

Les témoignages présentés dans ce numéro laissent penser, avec juste raison, que le prêtre suisse n’a plus rien de clérical. Car aucun ne chercherait à diriger politiquement la société.

Le prêtre aujourd’hui semble avoir revêtu le vêtement que saint Vincent de Paul exigeait des Filles de la Charité rassemblées dans la Congrégation religieuse qu’il venait de fonder : s’habiller comme les jeunes filles modestes de leur temps, servir les pauvres en passant inaperçues. C’est sans aucun doute dans cet esprit que notre pape François répondit à un journaliste laïc qui l’interviewait : « Quand j’ai face à moi quelqu’un de clérical, je deviens automatiquement anticlérical. Le cléricalisme ne devrait rien avoir à faire avec le christianisme. »

mardi, 03 février 2015 01:00

Hymne à la transcendance !

Les attentats injustifiables contre le personnel de l'hebdomadaire Charlie Hebdo ont provoqué un mouvement planétaire de protestation, bien orchestré par les politiques. Parmi tous les slogans, le plus répandu fut, sans aucun doute, « Je suis Charlie ». Ce slogan a résonné jusque dans le temple de Carouge, ce dimanche 11 janvier, où le pasteur le placardait sur sa toge noire, avant d'expliquer le sens de cette solidarité : ni au nom de l'unité (trop sensible à la récupération politique), ni au nom de la citoyenneté (trop sujette au refus des étrangers), mais au nom de l'humanité bafouée dans son existence-même, et dont la dignité est inséparable de la liberté d'expression.

mardi, 04 novembre 2014 13:52

Guerre juste ?

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle, mais pourvu que ce fût en une juste guerre », écrivait Charles Péguy, dont nous célébrons cette année le centenaire d'une mort cueillie sur les champs de bataille au tout début de la guerre de 1914. Depuis un siècle, l'idée de déclarer une guerre « juste » n'est venue dans la tête d'aucune personne de bon sens. Car il n'existe pas de guerre qui n'engendre ses injustes barbaries.

Et voilà que le 19 août dernier, le pape François semble rompre avec ce consensus. Dans l'avion qui le ramène de Corée du Sud, le saint Père évoque la guerre en Irak et l'avancée des hordes de l'Etat dit islamique. « Dans le cas où il y a une agression injuste, je peux seulement dire qu'il est légitime d'arrêter l'agresseur injuste », a-t-il précisé. Le pasteur Dietrich Bonhoeffer, évoquant le désastre allemand sous la conduite d'Hitler, prenait la comparaison d'un train mené par un mécanicien fou ; il en concluait, lui aussi, qu'il fallait neutraliser le mécanicien, quitte à le supprimer si nécessaire.

mardi, 30 septembre 2014 02:00

Ici commence un chant

Sylvoisal 44978Sylvoisal, Chansons de geste, Le Cadratin, Vevey 2014, 76 p.

« Homme sans descendance sous un plafond d'ancêtres, à d'autres qu'à mes chiens, que pourrais-je bien dire » ? Ces 76 pages d'une poésie en prose, chant épique aux temps préchrétiens d'Orient, entraînent le lecteur dans une somptueuse évocation.
L'époque est sauvage et sans compromis, l'ordre qui préside aux destinées est immuable, tant dans sa cruauté que dans ses révélations. Temps de guerres, de conquêtes, de jougs et d'esclaves, de lignées. Temps absolu. Les mots du poète sont des arcs tendus, ils sont d'une force toujours renouvelée au fil des pages. Chanson de geste, la geste d'une épopée, le chant d'une fresque humaine et d'une quête folle : conquêtes, croisades. « Allez ! Allez ! Gens de partout, venus d'ailleurs, mes serviteurs, dites aux ronces, dites aux pierres et aux orties, dites aux crapauds et aux lézards, aux orvets, aux vipères : "L'homme né de la femme et qui monte à cheval naîtra demain de Dieu !" »
Chant prophétique dans une langue sublime, auprès de laquelle le mot poésie sonne mièvrement. « Je veux qu'on crucifie mille éléphants ce soir aux portes de Carthage, disait Scipion », le vainqueur de Carthage. A ces grandes épopées, il est rendu tribut d'un seul jet. Au sort des femmes, dans ces temps violents, comme à celui du tyran ou du vaincu.
Au fil des lignes, les yeux écarquillés, on avance dans des incantations et des récits qu'Homère, Pasolini ou Shake­s­peare, qui n'avaient pas peur de raconter sans fard, auraient aimés. Il y a de l'ogre dans cette prose, du Han­nibal ou du Richard III dans ces images d'un ordre antique. Mais l'odeur des lys, la fuite d'un cheval au galop, la brebis blessée qu'on tient dans ses bras, l'amour pur entre amant et amante, tout cela est aussi dans ces lignes qui secouent le lecteur, dans un style qui vise sa cible d'un coup. « Le roi rentrait de guerre au son du tambourin, et l'aigle au vol rapide annonçait sa venue. »
Le deuxième récit conte le passage d'un royaume à l'autre : celui des guerres (car tels étaient les temps anciens) à celui de Dieu, des dieux. Tel ce roi qui ordonnait en tout et qui finit dans le reniement des fastes et du pouvoir, optant pour l'ascèse et le rien, qui est tout. Le récit s'intitule Qu'un chant pour lui se fasse entendre, celui qu'un scribe au crâne rasé raconte en donnant la parole à des femmes, servantes ou reines, qui ponctuent les faits comme un chœur antique. On est là dans une poésie strophique, proche du verset claudélien. « Après le meurtre et la luxure, voici l'honneur et le désert et le pain qu'on mendie. »
Entre les deux longs chants épiques, un poème, Chanson, qui condense en une forme plus contrainte (l'octosyllabe) les mêmes thèmes. Estourbissant. Edité aux Presses du Cadratin, chez l'un des derniers artisans imprimeurs.

Le 8 novembre dernier, la Chancellerie fédérale a annoncé que l'initiative populaire «Pour un revenu de base inconditionnel» avait formellement abouti. La votation aura lieu d'ici deux ans probablement. Le délai n'est pas de trop, car la question est de taille. Ce système, en effet, remplacerait le filet social actuel. Un changement de paradigme largement débattu en Europe où la Suisse fait figure de pionnière. Mais cette approche estelle vraiment nouvelle?

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