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mardi, 25 juin 2019 10:52

Reconnaître les droits des réfugiés syriens au Liban

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JRS Aleppo NawrasSJAlep © JRSAlors que la Syrie est dans sa neuvième année de guerre, le Liban peine à assumer le million et demi de réfugiés syriens qu’il accueille (935'454 selon les chiffres 2019 du HCR). Pays limitrophe, le Liban compte le plus grand nombre de réfugiés syriens par habitant et cette situation devient difficilement soutenable, ce qui a conduit les autorités à prendre des mesures délétères pour les réfugiés. Ces dernières devraient être mises en œuvre rapidement, ne laissant guère de temps aux migrants pour trouver un moyen de se sortir de la misère. Inquiet, le Père Nawras Sammour sj, directeur régional du JRS pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, a publié une déclaration plaidant pour «Reconnaître les droits des réfugiés syriens au Liban».

Syrie Toni Nawras SrFabienne Nawras Sammour sj (au centre) © JRSRappelons également que la Fondation jésuites international (Jesuitenweltweit - JWW), œuvre caritative des jésuites de Suisse, soutient depuis 2012 des programmes d'aide aux victimes de la guerre en Syrie, notamment ceux du Service jésuite des réfugiés (JRS) qui travaille en Syrie (depuis dix ans) et au Liban (notamment pour la scolarisation d'enfants de réfugiés). Elle soutient également au Liban depuis 2014 les actions du Centre Frans van der Lugt qui offre une protection à 1150 familles, dont la plupart sont des réfugiés syriens. Vous pouvez soutenir ses actions en faisant un don à la Fondation Jesuiten international, compte Postfinance 89-222200-9 ou par virement bancaire -IBAN:CH51 0900 0000 8922 2200 9- mention Syrie. Vous pouvez aussi faire un don online, via le site: ici

Déclaration du JRS pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord

Beyrouth, le 21 juin 2019

Le Service jésuite des réfugiés (JRS) met en œuvre des programmes d'intervention d'urgence au Liban depuis 2012 en répondant aux besoins les plus pressants des réfugiés syriens enregistrés et non enregistrés. Depuis sa présence dans le pays, l'organisation a toujours veillé à ce que les réfugiés respectent les coutumes de la communauté d'accueil et les lois initiées par le gouvernement. Bien que certaines mesures individualistes adoptées par les réfugiés ne soient pas conformes au droit interne, le gouvernement ne devrait pas généraliser ses actions en adoptant des mesures sévères visant l'ensemble de la population syrienne au Liban. Les décisions prises au Liban concernant les Syriens ne sont en outre ni centralisées ni unifiées. Les réponses officielles à l'égard des réfugiés varient d'un organisme à l'autre, d’une municipalité à l’autre. C'est pourquoi la déclaration qui suit contient certaines recommandations que les autorités libanaises et la communauté internationale devraient mettre en œuvre, par divers moyens, afin d'améliorer leur réponse aux défis auxquels sont actuellement confrontés les réfugiés syriens au Liban.

Le conflit syrien en est à sa neuvième année et la catastrophe humanitaire se poursuit. Plus de 5,6 millions de Syriens ont fui les pays voisins en tant que réfugiés et 6,2 millions d'autres sont déplacés en Syrie. La moitié des personnes touchées sont des enfants. Le Liban reste le pays qui accueille le plus grand nombre de réfugiés par habitant. Selon les registres du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en 2019, plus de 935'454 réfugiés syriens sont enregistrés auprès de l'organisation, bien que l'estimation du gouvernement concernant la population syrienne déplacée totale demeure à 1,5 million.

Bien que les organisations humanitaires au Liban continuent d'opérer et de fournir une assistance aux réfugiés syriens, le gouvernement a décidé d’appliquer des règles et des règlements plus stricts envers les réfugiés syriens tout comme aux organisations de soutien locales. Le Conseil supérieur de la défense libanais a publié mi-avril une déclaration notifiant que toutes les structures en dur construites par les réfugiés syriens utilisant des matériaux autres que le bois et les bâches en plastique dans les camps informels devront être démantelées.

Les réfugiés ont jusqu'à fin juin pour démolir leurs maisons. Ces destructions touchent environ 25'594 personnes dans tout le pays, des gens qui vivent dans des structures construites en dur par leurs soins et des habitations de fortune érigées dans des lieux informels. À Arsal, par exemple, plus de 5000 familles syriennes et 15'000 enfants seront ainsi privés d'abri, ce qui aura un impact sur leur bien-être physique et mental.

Selon le Ministère libanais des Affaires sociales (MoSA) et le ministère de l'Intérieur et des Municipalités (MoIM), la décision de démantèlement est définitive, mais le gouvernement a émis des autorisations spéciales pour des cas exceptionnels concernant des écoles, des centres communautaires et des mosquées. Il a également été communiqué que les préfabriqués ne seront pas démontés, mais qu'aucune nouvelle structure en béton ne pourra être érigée.

De plus, le gouvernement libanais impose à tous les étrangers, y compris les réfugiés syriens, des règles et réglementations plus strictes en matière de permis de travail. Dernièrement, de nombreux magasins appartenant à des Syriens ont été fermés dans différentes zones et des employés syriens ont été interrogés a propos de leurs documents. Le Ministère du Travail a publié un plan de lutte contre le travail illégal des étrangers sur le territoire libanais, dans le cadre d'une stratégie fondée sur une campagne médiatique axée sur les droits et les devoirs des travailleurs étrangers qui demande: un préavis de deux mois pour la régularisation des travailleurs; la restriction de l'emploi syrien aux secteurs autorisés uniquement par la loi libanaise; l'organisation d'inspections du travail; la création d'un bureau des opérations commun entre le Ministère du Travail (Ministère libanais), les Services de sécurité intérieure (ISF), les municipalités et le Bureau général de sécurité (GSO) pour soutenir ces inspections. De plus, le gouvernement demande au secteur privé et aux syndicats de collaborer afin de cesser de recruter des travailleurs étrangers. Les travailleurs étrangers ainsi que les Syriens sont priés de rectifier leur statut de permis de travail dans un délai d'un mois.

D'autre part, les organisations locales qui mettent en œuvre des projets en faveur des réfugiés syriens au Liban sont confrontées à de nouvelles difficultés. Elles font l’objet d’hostilités déstabilisant le personnel qui déclare ne plus se sentir en sécurité lorsqu'il s'efforce de mettre en œuvre des activités.

Il est donc du devoir de la communauté internationale de ne pas rester silencieuse et insensible aux mesures mises en œuvre par les autorités libanaises. Le gouvernement applique des mesures strictes à l'égard des réfugiés syriens afin qu'ils retournent en Syrie. Bien que les humanitaires au Liban doivent respecter les décisions juridiques imposées par les autorités, la communauté internationale, les gouvernements concernés et toutes les personnes de bonne volonté devraient se pencher sur les questions énoncées ci-dessous.

Afin de relever les défis imposés aux réfugiés syriens, le gouvernement devrait:
1- Comprendre que les réfugiés n'ont pas seulement des devoirs mais aussi des droits.
2- Donner aux réfugiés dans tout le pays un préavis approprié afin d'éviter tout problème de protection tel que la détention, le retour involontaire en Syrie et l'expulsion non préparée.
3- Permettre des exceptions humanitaires pour les ménages vulnérables.
4- Mesurer le niveau d'information dont disposent les communautés de réfugiés et dans quelle mesure elles vont ou ont déjà compris les instructions fournies.
5- Offrir aux réfugiés des possibilités de réinstallation temporaire et éviter la confiscation ou la destruction de leurs biens personnels, car les réfugiés ont très peu d'effets personnels pour survivre.
6- Demeurer coopératif avec les organisations de la société civile dans la mise en œuvre de leurs projets puisqu'elles ne fournissent qu'une aide humanitaire aux personnes vulnérables.
7- Donner aux travailleurs syriens et étrangers un délai de préavis supplémentaire pour rectifier leur statut de leur permis de travail.

Quant à la communauté internationale, les parties prenantes concernées devraient elles aussi relever les défis imposés aux réfugiés syriens en:
1- Préconisant qu'aucune confiscation ou destruction de biens n'ait lieu pendant les opérations de démantèlement ou de démolition.
2- Rappelant aux parties prenantes concernées que l'hébergement et les infrastructures d'eau et d'assainissement de base sont intégralement liés à la protection et à la dignité humaine.
3- Atténuant l'impact négatif de la mise en œuvre.
4- Rappelant aux acteurs concernés que les examens du brevet et du baccalauréat sont prévus pour la mi-juin et que les déplacements, les expulsions et les démolitions autour de cette période pourraient entraîner de graves perturbations pour les élèves réfugiés qui doivent passer l'examen officiel.
5- S'engageant dans un effort consolidé pour éradiquer la haine entre les réfugiés et la communauté d'accueil.
6- S'assurant que les réfugiés disposent d'informations sur les mécanismes d'orientation existants et sur la manière d'accéder aux services.
7- Publiant les études et les informations recueillies sur la situation des réfugiés syriens au Liban (taux d'emploi, secteurs dans lesquels ils travaillent, financement acquis par le gouvernement libanais) afin de renforcer la transparence et la responsabilité.

Nawras Sammour sj
Directeur régional, Service jésuite des réfugiés
(traduction de l'anglais Céline Fossati)

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