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vendredi, 16 avril 2021 12:52

The Face of God, vision orthodoxe de l'écologie

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The Faith of God, de John K. HainsworthDiffusé sur internet depuis janvier, The Face of God - The Orthodox Church on Climate Change est un documentaire produit par la confrérie orthodoxe de la Transfiguration, une organisation affiliée à l'Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis, et dont la devise est: «Proclamer la mission écologique de l'Église orthodoxe comme réconciliation de toutes choses en Christ». Sur le site dédié au film, on peut lire: «Depuis de nombreuses années, nous nous concentrons principalement sur le changement climatique mondial, car nous en sommes venus à réaliser que ce phénomène est la menace environnementale la plus dangereuse à laquelle nous sommes confrontés.»

Réalisé par John K. Hainsworth, un prêtre orthodoxe américain spécialiste de l'environnement, The Face of God est une sorte de pendant audiovisuel orthodoxe de l’encyclique Laudato si’ (2015) du pape François.

Dans l’introduction du film, I’archevêque Elpidophoros, primat de l’Église grecque orthodoxe américaine, expose l’enjeu et ses acteurs: «En tant que citoyens, nous sommes responsables de la manière dont nous traitons le monde naturel; en tant que disciples du Christ nous sommes mandatés pour préserver les ressources de la terre; et en tant que dirigeants de l’Église, nous devons sensibiliser au phénomène du changement climatique (…) Le soin de la création est la vocation de tout chrétien orthodoxe.»

Les défis de la mission de sensibilisation

À travers des interviews de religieux et de laïcs orthodoxes, le documentaire évoque ensuite les divers défis que doit relever l’Église orthodoxe dans cette mission de sensibilisation. Par exemple:
• Justifier l’engagement d’un point de vue doctrinal (autrement dit, expliquer que cet engagement ne relève pas exclusivement du domaine politique). «Le patriarche Bartholomée de Constantinople a répété plusieurs fois que le changement climatique est un problème profondément moral et spirituel (…) Cette vision et cette passion découlent d'une conviction profonde que la vie même de l'Église, tout comme la vie spirituelle d'un chrétien, est une écologie appliquée.» Une jeune femme regrette d’ailleurs que, dans son enfance, personne ne lui ait dit que «c’était bien de s’occuper de l’environnement, d’aimer la terre, que c’était ce que Dieu voulait depuis le départ. Si le clergé pouvait simplement implanter cette pensée: si l’on veut être un bon orthodoxe, on doit vouloir être en harmonie avec son environnement.»
• Rejoindre la jeunesse dans sa préoccupation écologique: «Les millennials, qui ont une forte conscience écologique, croient que c’est un sujet qui n’intéresse pas le christianisme. Nous, orthodoxes, devons leur montrer que c’est au cœur de notre compréhension théologique de la Création.»
• Expliquer que la domination sur la nature à laquelle l’homme est appelé dans la Genèse est celle du gardien, du jardinier, pas celle de l’exploitant égoïste.
• Remettre en cause notre mode de vie technologiquement sophistiqué et individualiste: «Tout ce que je fais ou dis a un effet. Seuls les bébés ne pensent qu’à eux et sont dans le besoin immédiat», dit le Père Michael Oleska, qui vit depuis 35 ans en Alaska.

Dans The Face of God, le propos prévaut sur le reste (image, son, personnages…). Ce propos est présenté en différents chapitres: la crise climatique, le déni, le réveil, sanctuaire, beauté, etc. Cette construction a quelque chose d’un peu intellectuel qui ne contribue pas à fluidifier la vision. Et en dehors des interviews, les images (au demeurant toujours très soignées) n’ont qu’un côté illustratif: une suite d’images de beautés naturelles ne suffit pas, par exemple, pour transmettre la beauté.

L'influence de la culture étasunienne et orthodoxe

Ce qui m’a (bêtement) frappé, c’est que les intervenants, quoique orthodoxes, sont souvent très Américains dans leur façon de s’exprimer. Propres aux États-Unis également, certaines problématiques auxquelles leur engagement écologique se heurte, comme la passivité induite par certaines thèses millénaristes protestantes. Rappelons que les orthodoxes ne représentent même pas 1% de la population des États-Unis.

The Faith of God, de John K. HainsworthNéanmoins certains éléments, dans l’approche de The Face of God, relèvent des particularités de la culture orthodoxe: par exemple la référence au kairos (un moment à saisir: on n’a pas le choix, il faut agir maintenant) ou à l’icône. Un intervenant rappelle tout d’abord qu’une icône est plus qu’une image: c’est une fenêtre par laquelle on contemple la source, la personne sainte. Il cite ensuite une pensée de Basile le Grand (IVe siècle): «La création est l’icône suprême de Dieu.» En contemplant la création, on se rapproche de Dieu, on le connaît mieux. D’ailleurs le titre du film est tiré d'une magnifique phrase de saint Jean Damascène (VIIIe siècle), citée en carton introductif: «La terre entière est une icône vivante du visage de Dieu.» Or, poursuit l’intervenant, «l’esprit démoniaque de notre temps peint des concupiscences sur la terre. On la défigure. On l’enlaidit. Et surtout, on réduit la capacité de la contempler.» Autrement dit, notre société saturée d’images et d’écrans fait écran à la contemplation orante du monde.

Et j’emporte en viatique cette phrase, juste et revigorante, qui figure sur un carton de l’introduction: «Il n’est pas trop tard. Le monde créé par Dieu a d’incroyables ressources de guérison.

 

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