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vendredi, 02 mai 2014 11:02

La place du don

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En l'espace de quelques semaines, la nature donne... Plus de lumière, plus de chaleur, plus de vie. On pourrait dire que c'est dans l'ordre des choses, le cycle des saisons, et voir dans cette luxuriance quelque chose de tout à fait normal et ordinaire. Pourtant, à la lumière du don, le monde et l'être humain se révèlent sous un jour nouveau. L'être humain ne s'est pas fait lui-même ; il n'est pas sa propre origine ; il se reçoit d'autres que lui, à commencer par ses parents. Toute notre vie, toutes nos expériences s'articulent dans cet échange.

Donner, c'est accorder quelque chose à quelqu'un de manière irréversible et sans contrepartie. Dans sa nature même, Dieu est don : Il donne son Fils, qui donne sa vie, et Il donne l'Esprit. Chaque fois qu'un être se donne, on pourrait dire qu'il est comme « touché » par Dieu. Il fait acte de création. L'expérience de Marie témoigne d'une vie de dons. Elle se donne en accueillant la promesse. Et tout au long de son existence, discrètement, elle poursuivra ce don.

Ainsi l'histoire de notre monde témoigne de grandeur et de générosité. Pourtant nous ne sommes pas tous conscients de cette dynamique du don, ni tout ce qu'elle signifie : nous sommes en constant apprentissage. La pensée sociale des Eglises veut aider à cette découverte de l'importance et de la fécondité du don. Protestants, catholiques, riches de leurs spécificités, tentent d'articuler un discours qui aide à construire une société plus juste, plus généreuse, en mettant l'homme, qui est à l'image de Dieu, au centre de leur réflexion. Sa « divinité » s'exprime dans le don. Capacité à donner du temps, de la justice, de la confiance, de l'attention.

Ce numéro de mai montre à la fois les exigences et les réussites de cette aptitude à donner. Il souligne les défis que représente l'engagement social sur la durée et les ambiguïtés auxquelles il est parfois difficile d'échapper. Exigences aussi et dons que représente le travail pour une nouvelle traduction de la Bible liturgique. Formi­dable défi pour celles et ceux qui ont collaboré ; découverte, nouveautés, accueil pour celles et ceux auxquels ce travail est offert. Don et accueil du don...

La démarche se heurte souvent à la difficulté d'accueillir l'autre dans sa différence, dans sa manière propre d'être, de donner, et suscite alors incompréhension, voire jalousie. La disponibilité et l'ouverture que demande le don ne sont jamais anodines, ni acquises une fois pour toutes. Ces différentes facettes incitent à réfléchir sur la place du don dans nos vies. Les dons que l'on fait, ceux que l'on reçoit, ceux que chacune et chacun de nous a et est appelé à partager pour œuvrer au bien commun. Prendre notre place, pour participer à cette œuvre créatrice de Dieu qui passe par le don.

Mais parfois le don est arraché par d'autres. Impossible, au moment où s'écrivent ces lignes, de ne pas penser à ceux auxquels le« don » est imposé. Comme celui du sacrifice ultime vécut par le Père Frans van der Lugt, assassiné le 7 avril en Syrie, à Homs. Un confrère jésuite que plusieurs membres de la rédaction et de la communauté de choisir connaissaient personnellement. Peut-on encore parler de don ici ? Pour lui, sans aucun doute : Frans avait fait un choix, dont il mesurait les risques. Mais pour tous ceux et celles qui sont pris dans des injustices et des tourments qui ne leur laissent aucune chance ? Le don n'est tel que dans la liberté, et ce n'est qu'ainsi qu'il peut porter du fruit.

Reste qu'en reconnaissant la disponibilité de ceux qui œuvrent à plus de justice, plus de connaissance et de dialogue, en essayant de porter sur notre monde un regard qui découvre et encourage le don, nous devenons à notre tour témoins de ce que l'humain a de plus divin... Peut-être verrions-nous alors de nouvelles forces émerger. Un autre printemps, qui durerait plus qu'une saison.

 

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