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mardi, 08 octobre 2013 15:47

Dark Horse, de Todd Solondz, à voir à la télévision

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Sur Ciné+ Club lundi 14 octobre à 11h10, mardi 15 à 22h40 ou vendredi 18 à 17h50

Abe est un adolescent attardé qui, à 35 ans, vit chez ses parents et pantoufle dans l’agence immobilière de son père. C’est ce dernier qui l’a affublé du surnom de Dark Horse, métaphore hippique signifiant outsider. Mais le gros Abe n’a jamais eu envie de courir après quoi que ce soit, à part les figurines qu’il collectionne. Englué dans les projections parentales le concernant, Abe se contente de les rejeter confusément, tout en jalousant la réussite de son frère cadet Richard.

En réalité, le film de Todd Solondz est l’histoire pathétique d’un mouton noir plus que d’un étalon noir, d’un rebut plus que d’un outsider du rêve américain.
Le film commence sur sa rencontre avec Miranda, une jeune paumée, lors d’une soirée de mariage. Un long travelling sur des invités dansant de manière outrageusement inspirée se termine sur la table autour de laquelle ne restent que les deux losers. Assis côte à côte, ils ne se sont apparemment pas encore adressé la parole. Miranda (Selma Blair) a l’air triste et ailleurs : elle est en mode « basse consommation », abrutie par les antidépresseurs. C’est Abe qui tente l’approche. Car ce personnage de loser obèse est bien incarné (par Jordan Gelber), plein d’énergie, et roule en Hummer ! Ce n’est pas un « gros mou ». Dans cette comédie caustique qui joue beaucoup sur les clichés, l’anti-héros est ainsi le seul personnage qui les déborde.
Ses parents, eux, sont beaucoup plus stéréotypés. Mais contrairement à Abe quand il rentre « chez lui » le soir, nous les retrouvons avec grand plaisir, sur leur sofa, devant la télé : car la mère poule n’est autre que Mia Farrow (fraîche comme une rose) et le père, en training et charentaises, Christopher Walken (fatigué). Les deux illustres comédiens (grâce auxquels cette production indépendante a probablement vu le jour) nous offrent une scène hilarante lorsqu’ils accueillent chez eux pour la première fois Miranda et ses parents : on a droit à l’échange coutumier de banalités sur la route empruntée par les invités, mais étiré sur deux bonnes minutes !
Personnellement, l’humour noir et mordant de Solondz me fait bien rire. Abe écoute des chansons ultra-nunuches glorifiant la « positive attitude » américaine Et lorsqu’au deuxième rendez-vous avec Miranda, il la demande en mariage, la fille suicidaire accueille cette proposition incongrue avec résignation, comme si elle attendait au fond une perspective aussi peu exaltante : «
Je devrais renoncer à l’amour, l’ambition, le sexe et les attentes. Je devrais juste me marier et avoir des enfants. »
Les comédies de Solondz radiographient les travers de la middle class américaine de manière souvent dérangeante. La plus réussie à ce jour reste Happiness (1998). Dark Horse, elle, s’étiole progressivement. On a l’impression que le réalisateur s’est embarqué dans le projet sans en connaître la fin… qui s’avère décevante... ce qui ne fait qu’ajouter à l’impression un peu déprimante que l’on garde du film.

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