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lundi, 03 octobre 2016 15:37

« Vis tes rêves »

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LesPepites cine choisirFilm documentaire qui raconte la vie des fondateurs de l'association «Pour un sourire d'enfant», Les Pépites de Xavier de Lauzanne sort en salle ce mercredi 5 octobre. Il met en lumière le travail d'un couple de Français dont l'initiative a déjà permis à quelques 10 000 enfants de Phnom Phen, la capitale du Cambodge, d'être scolarisés à deux pas de leur décharge.

En 1995, cadre de l’entreprise IBM en préretraite, Christian des Pallières est recruté pour diriger le bureau local d’une ONG française à Phnom-Penh: pendant deux ans, il va développer l’aide pédagogique auprès des écoles du Cambodge. Choqué par le nombre d’enfants des rues de la capitale, il décide d’aller à leur rencontre. C’est alors qu’il découvre la décharge à ciel ouvert où ils sont nombreux à venir tous les jours. Sur un immense terrain d’ordures fumantes, dans une odeur pestilentielle et au milieu de myriades de mouches, des centaines d’enfants de six à quinze ans fouillent dans les ordures.

En loques, couverts de plaies infectées, un grand sac crasseux sur le dos et pieds nus dans les ordures dans lesquelles ils s’enfoncent jusqu’aux genoux, ils cherchent des bouts de plastique ou de métal à récupérer. Ils cherchent aussi à se nourrir, car aucun d’eux n’a mangé depuis la veille. Christian des Pallières et son épouse Marie-France décident alors de les aider à sortir de cet enfer, en commençant par installer une «paillote» au pied de la décharge pour offrir un repas, de quoi se laver et les premiers soins. Deux ans plus tard, le couple crée une école pour les petits chiffonniers, à 1 km de la décharge. Grâce au travail de l’association qu’ils créent - Pour un sourire d’enfant -, dix mille enfants ont aujourd’hui accédé à l’éducation et ont pu embrasser un destin qui ne leur était pas réservé d’avance...

Ayant réalisé des films sur une association humanitaire créée par mon père pour aider les chiffonniers du Caire, je sais qu’il y avait mille façons d’aborder un sujet comme celui des Pépites. La bande-annonce me faisait redouter un film promotionnel à budget confortable et effets racoleurs. Or ce documentaire réussi et touchant évite beaucoup d’écueils, comme celui du catalogue sans âme des programmes mis en place, ou celui du commentaire laudatif sur l'énergie qu’il a fallu déployer. «J’avais envie de faire un film qui, sur un sujet aussi fort, ne défende aucune cause, aucune idéologie, aucune analyse, mais expose un enchaînement de faits, à partir de la rencontre d’un homme et d’une femme, jusqu’à la création d’une œuvre humaine éblouissante» dit Xavier de Lauzanne. «Les Pépites n’est pas un reportage. On raconte tout simplement une histoire en utilisant un langage sensoriel et chaque spectateur en tire sa propre réflexion».

Une «philosophie de vie» se dégage pourtant des Pépites: c’est celle exprimée par M. des Pallières, invitant à l’aventure. C’est d’ailleurs ce que promet l’affiche du film: « Une aventure humaine extraordinaire». Une aventure où la rencontre avec l'autre est primordiale et qui engage l'être dans toutes ses dimensions:
- Les sens: paradoxalement, le fondateur dit regretter quelque part la disparition de la décharge, dont la puanteur et la saleté avaient provoqué le «haut-le-cœur» déclencheur .
- Le cœur précisément: les des Pallières ont vécu au cœur du centre qu’ils ont créé et sont appelés «Papy» «Mamy» par des enfants ayant grand besoin d’un lien affectif. «C’est rare de rencontrer au sein d’une institution, l’existence d’un lien aussi fort», remarque très justement le réalisateur.
- L’intelligence et la volonté: les deux sexagénaires les ont mises au service de leurs «prochains».
- Reste la dimension spirituelle, totalement absente, du moins non explicite. Mais Jésus a dit: «A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l'amour les uns pour les autres.»

L’impact du documentaire tient en grande partie à la retenue de ses protagonistes: celle des bénéficiaires, propre à ceux qui ont enduré de grandes souffrances; celle du couple fondateur, qui fait preuve de pudeur dans sa manière de se raconter. Leurs témoignages n'en deviennent que plus émouvants.

 

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