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jeudi, 07 février 2019 11:05

A Bright Light

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BrightLa réalisatrice Emmanuelle Antille signe un road movie à la fois flamboyant et tragique. Sur les traces de Karen Dalton, chanteuse folk des années 60, le documentaire voyage du Colorado à Woodstock pour raviver la mémoire de cette égérie oubliée.

A Bright Light, une lumière étincelante, telle serait en français l’aura que la cinéaste Lausannoise Emmanuelle Antilles donne à cette chanteuse folk des années 60, Karen Dalton.

Quand elle chantait à Greenwich Village, Bob Dylan venait l’écouter. Le petit monde bohème et marginal des musiciens et des poètes du Village se retrouvait là où Karen Dalton chantait, en s’accompagnant à la guitare ou au banjo. Musicienne à la voix cassée, déchirante, en phase avec un destin implacable, Karen Dalton hante le film d’Emmanuelle Antille.

Les témoignages sur cette chanteuse, dont le mal de vivre souffla la flamme trop tôt, sont rares aujourd’hui, ce qui amène la cinéaste à mettre en scène sa propre démarche. Le film est donc construit comme une quête de trois jeunes femmes, la cinéaste et ses réalisatrices son et image. Du Colorado à Woodstock, en passant par la Louisiane et New York, deux ans de recherches ont été nécessaires pour reconstituer la vie de Karen, puis s'en est suivie une année de montage des plans filmés durant l'enquête. Celle que certains surnommaient la Billie Holiday de Greenwich Village habita au Colorado avec son mari Tim, musicien, et leur fille, dans une cabane abandonnée de chercheurs d’or.

Le film nous emmène dans ces paysages de montagnes totalement sauvages où vivait une petite tribu de marginaux, artistes et junkies également. La cinéaste a retrouvé des anciens amis ou compagnons qui l’ont connue. Poétesses, visages habités, témoignages pleins de spiritualité, le canevas de sa vie remonte à la surface du temps. On la voit monter à cheval. Si bien. Karen «avait la campagne dans le sang», mais aussi la drogue. «On se défonçait et on faisait de la musique», se rappelle ce facteur de banjos. «Rien d’autre n’existait.» Tim, le mari de Karen, meurt d’overdose en 1970.

Sur la route, le film poursuit sa quête à La Nouvelle Orléans, racine du Blues old school, et au Mississippi, à Bentonia, connu des puristes du blues pour un style bien particulier né dans les années 30. Karen enregistra deux albums: en 1969 dans l’indifférence générale et en 1962. Ce dernier ne sortira qu'en 2008, quinze ans après sa mort. À la recherche de sa tombe, la cinéaste pose la question à des témoins de l’époque. «Elle n’a pas de tombe.» Karen Dalton meurt seule dans une sorte de mobile home sur plots. La veille, un ami parmi les quelques rares qui l’aidaient la serre dans ses bras; il s’en souvient devant la camera. Elle est brûlante de fièvre. Karen meurt du sida. Les voisins du mobile home d’à côté brûleront ses affaires entreposées dans une cabane. Son corps est incinéré. «À l’époque les gens croyaient que tout pouvait être contagieux.» La famille de Karen (principalement ses deux enfants, dont on lui avait retiré la garde) n’a pas voulu donner suite à la demande d’interview de la cinéaste. On comprend qu’Emmanuelle Antille ait voulu, malgré le manque de documentation et de traces, faire émerger Karen Dalton de l’immatérialité de sa vie.


CALENDRIER DE LA TOURNÉE EN SUISSE ROMANDE

28.01:Genève–Cinéma Empire, lundi, 21h00
03.02:Lausanne–Casino de Montbenon, Salle Paderewski, dimanche, 17h00
04.02:Neuchâtel–Cinéma Apollo, lundi, 20h30
05.02:Bulle–Cinéma Prado, mardi, 20h30
07.02:Sion–Cinéma Arlequin, jeudi, 20h00
10.02:La Chaux-de-Fonds–Cinéma ABC, dimanche, 17h00 et 20h00
11.02:Nyon–Cinéma Capitole, lundi, 20h00
17.02:Sainte-Croix–Cinéma Royal, dimanche, 17h30
19.02:Monthey–Cinéma Plaza, mardi, 20h45
26.02:Fribourg–Fri-Son, mardi, 20h00
27.02:Vevey–Cinéma Astor, mercredi, 20h45

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