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mardi, 22 septembre 2020 15:47

Art et cinéma

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"La plage à Trouville", d'Eugène Boudin, 1871, et extrait d’un film d’un opérateurs des frères Lumière tourné à Deauville en 1912  © Patrick BittarOuverte depuis le 4 septembre, cette exposition de la Fondation de l’Hermitage, à Lausanne, met en lumière des liens entre les arts plastiques et le cinéma. Organisée notamment avec la Cinémathèque française, et construite sur une idée originale de son ancien directeur Dominique Païni, l’exposition se décline sur le mode chronologique, depuis les premiers films de la fin du XIXe siècle jusqu'à la Nouvelle Vague. Elle illustre les échanges et les influences réciproques entre cinéastes et plasticiens, en faisant dialoguer des extraits, des affiches et des maquettes de films avec des sculptures, des dessins, des photographies et des peintures.

On passe ainsi de salle en salle, en suivant quelques courants du cinéma au fil des décennies (expressionnisme, surréalisme, Nouvelle Vague) avec souvent le même dispositif: une projection sur un mur et autour, des tableaux, photos ou dessins… L’une des premières salles fait par exemple le lien entre les premiers films des frères Lumière et les tableaux impressionnistes. Ainsi un extrait d’un film d’un des opérateurs des frères Lumière tourné à Deauville en 1912 est-il mis en parallèle avec La plage à Trouville, un tableau peint par Eugène Boudin… quarante ans plus tôt, en 1871… ©

En fait, une des caractéristiques du courant impressionniste est que les artistes sont sortis de leurs ateliers pour peindre; inévitablement, comme le feront plus tard les frères Lumière pour qui l’aspect documentaire du cinéma primait, les peintres impressionnistes ont reproduit la modernité urbaine (paysages industriels, gares…) aussi bien que la campagne ou les plages touristiques.

Fernand Léger, "Le mouvement à billes", 1926, et une scène des "Temps Modernes" de Chaplin, 1936 © Patrick BittarDans une autre salle, un tableau de Fernand Léger (Nature Morte – Le mouvement à billes, 1926) est mis en correspondance avec une scène célèbre des Temps Modernes de Chaplin (1936), où Charlot est pris dans les rouages d’un engrenage. Selon le panneau de la salle, les peintres cubistes adoraient Chaplin et c’est lui qui est à l’origine de l’intérêt de Fernand Léger pour le cinéma (Léger a réalisé un film expérimental, des affiches de cinéma et il a participé aux décors de certains films).

Si l’on est féru de cinéma, on trouvera l’exposition plaisante, quoique peut-être un peu légère: on peut y voir, par exemple, le départ, en 1897, d’un bateau à vapeur sur le lac Léman, ou ce film colorisé que j’aime tant, La Danse serpentine, qui date de la même année, où une danseuse fait tournoyer des étoffes fluides, selon une chorégraphie de la danseuse américaine Loïe Fuller.

Art et Cinéma, par contre, peut se révéler utile à ceux qui souhaiteraient initier des adolescents à l’histoire du cinéma. Pourquoi ne pas profiter de l’été indien pour s'y rendre et jouir du cadre enchanteur du musée, à l’ombre des arbres majestueux de son parc?

"La Danse serpentine", extrait d'un film colorisé des frères Lumière © Patrick BittarArt et Cinéma
Musée de l'Hermitage, Lausanne
jusqu'au 3 janvier 2021

 

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