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vendredi, 02 mai 2014 02:00

La pensée de Zundel

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Zundel 44504Maurice Zundel : philosophe, théologien, mystique. Actes de la semaine théologique de l'Université de Fribourg, 16-19 avril 2012, Paris, Les Plans sur Bex, Parole et Silence 2013, 222 p.

Que sous l'impulsion de deux de ses étudiants, Lionel Girard et Pierre Pistoletti, la Faculté de théologie de l'Université de Fribourg ait consacré une semaine d'études interdisciplinaires à la pensée de Maurice Zundel - après l'avoir fait l'année précédente pour l'œuvre du cardinal Charles Journet -, voilà qui n'est pas sans portée symbolique ! Car l'abbé originaire de Neuchâtel n'y a pas toujours été en « odeur de sainteté ». Et il est fort heureux que l'Alma Mater fribourgeoise propose à sa communauté et au grand public une initiation à la fécondité des écrits de ces deux grandes figures théologiques romandes, que d'aucuns s'ingénient encore aujourd'hui à opposer.
Selon son ami le pape Paul VI, Maurice Zundel était « un génie de poète, génie mystique, écrivain et théologien ». Mais en authentique spirituel, il savait englober l'univers entier dans la dynamique de sa foi. Car pour lui, c'est à sa capacité d'incarnation, c'est-à-dire à son aptitude à pénétrer de la présence divine la totalité du quotidien humain, que se mesure l'authenticité de la foi au Dieu Père de Jésus-Christ.
Aussi - et c'est là le principal mérite de l'ouvrage qui rassemble les Actes du colloque interdisciplinaire d'avril 2012 -, la pensée zundélienne y est abordée non seulement du point de vue de la spiritualité (Pierre Emonet, Une approche déconcertante : croire en l'homme pour croire en Dieu), de la théologie biblique (Patrice Sonnier, L'influence de la notion paulinienne de logike latreia (l'adoration conforme au logos) dans l'œuvre de Zundel), de la philosophie (Marie-Jeanne Coutagne, Pour une anthropologie ouverte sur l'infini), de la liturgie (André Haquin, Richesses actuelles du Poème de la sainte liturgie), de l'art (André Gouzes, Sylvanès, une aventure issue de la fécondité mystique de M. Zundel), de l'éthique (Michel Fromaget, De la morale à la mystique. Réflexions sur les fondements anthropologiques de l'éthique zundélienne) ou de l'existence (François Rouiller, L'accompagnement spirituel : à l'épreuve de la souffrance), mais aussi sous l'angle de l'économie (Jacques Pasquier-Dorthe, La pensée de Zundel pour l'économie aujourd'hui), du droit (Roland Ruedin, Droits de l'homme et droit de propriété chez Zundel), de l'histoire et de la science (Jean-Blaise Fellay, Le conflit sciences et foi dans la vie de Maurice Zundel).
Ouvert par une « approche biographique » (Gilbert Vincent), le recueil se clôt par une belle « synthèse » de Marc Donzé, le premier à avoir consacré une thèse au penseur neuchâtelois (à l'Université Grégorienne de Rome en 1978), qui repère dans l'attention zundélienne à l'homme cinq aspects constituants de la personne : l'inviolabilité, la dignité, l'intériorité, la liberté et la pauvreté. « Le Bien n'est pas quelque chose à faire, c'est Quelqu'un à aimer » : cette phrase, reprise par plusieurs contributeurs, résume bien la « théologie de la relation » déployée par l'abbé Zundel, que F. Rouiller associe à la « pastorale d'engendrement » mise en exergue ces dernières années en francophonie : un souffle de liberté, qui nous maintient dans « cette attitude d'être toujours les premiers devancés par la Vie en toute chose, les premiers surpris, les premiers destinataires de l'Evangile, les premiers témoins de l'Amour, les premiers ébahis d'un Dieu qui est vraiment Vivant ».

Contributeurs jésuites
Il est réjouissant de constater le rayonnement actuel des écrits du prêtre suisse, après les oppositions farouches qu'il a rencontrées durant son ministère. Comme le dit le Père jésuite Pierre Emonet, Zundel ne pouvait supporter la notion d'un Dieu « surplombant », qui mettrait en péril le développement de l'homme au lieu de favoriser son épanouissement : « La réforme véritable s'opérera quand l'Eglise aura changé de Dieu », affirmait prophétiquement l'abbé de Neuchâtel. Et Jean-Blaise Fellay sj de tirer, dans la même perspective, un parallèle entre le renversement du ra­tionalisme scientifique, qu'accompagne la spiritualité zundélienne, et le dépassement du rationalisme de la théologie scolastique tendant à définir Dieu, « alors que le propre du divin est de dépasser nos catégories et de nous faire entrer dans l'infini de sa créativité ».
Ajoutons que pour le troisième jésuite parmi les contributeurs, le Père Albert Longchamp, président de la Fondation Maurice Zundel et auteur de la préface, l'élan qui habite l'ouvrage rejoint les propos « zundéliens » tenus par Paul VI au terme de Vatican II, il y a cinquante ans : « Une sympathie sans borne pour l'homme a envahi le Concile tout entier... Un courant d'affection et d'admiration a débordé du Concile sur le monde humain moderne », c'est « notre humanisme qui devient christianisme et notre christianisme qui s'est fait théocentrique... Si bien que nous pouvons affirmer : pour connaître Dieu, il faut connaître l'homme ». A bien des égards, la constitution Gaudium et spes a des accents zundéliens...

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