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jeudi, 03 mars 2016 15:48

Abus sexuels

Écrit par

Karlijn Demasure (dir.) 
Se relever après l’abus sexuel 
Accompagnement psycho-spirituel des survivants 
Bruxelles, Lumen Vitae 2014, 104 p.

L’objectif de cette collection d’articles est double : «aider activement les victimes à se reconstruire par la rencontre de l’autre» et mettre en route des personnes qui vont «activement à la recherche de l’autre pour l’inviter à rompre le silence».
Cet ouvrage donne des clés aux thérapeutes et aux accompagnants spirituels pour leur permettre de rouvrir aux survivants les portes de la société. Le mot survivant est intentionnellement utilisé pour souligner que les victimes ont une possibilité de vivre au-delà de l’abus, en intégrant la réalité de celui-ci de telle façon qu’elle ne mortifie plus l’abusé.


Les cinq auteurs[1] de cet ouvrage insistent dans un premier temps sur l’importance de repérer l’abus sexuel, et sur les peurs et les fausses idées qui empêchent cette reconnaissance. Ils rendent attentifs aux signaux, tant biologiques que psychologiques ou sociologiques, qui permettent de se poser les bonnes questions et d’être très vigilants.
Dans un deuxième temps, ils démontrent la nécessité de mettre en lumière la souffrance infligée à la personne abusée, et les incidences sur ses relations aux autres et à Dieu. Analysant les types d’attachement chez l’enfant, ils ciblent les liens d’attachement abîmés avec les personnes et avec Dieu. Sachant qu’abuser consiste à tuer spirituellement, il est essentiel de travailler sur la confiance et la foi pour que les survivants optent malgré tout pour la vie relationnelle.
Dans un troisième temps, les auteurs tissent des liens entre abus sexuel, tabou, honte et culpabilité, mettant en lumière les conséquences. Ils proposent des rites de purification spirituels et physiques, pour que le survivant dépasse le sentiment de souillure et passe de l’image d’un Dieu vengeur du tabou, à celle d’un Dieu plein d’amour et de compassion, qui ne juge pas et qui nous attend.
Ce n’est qu’après toutes ces phases qu’une démarche de guérison peut être proposée. Celle-ci passe par plusieurs étapes : faire mémoire et vivre dans la vérité qui libère ; faire la différence entre se reconnaître victime et la victimisation ; se réconcilier avec soi, se pardonner à soi-même ; se réconcilier avec Dieu, voire avec l’abuseur. Il peut être néfaste de se précipiter trop tôt vers la spiritualité et le pardon : un mauvais usage du pardon est un abus spirituel qui s’ajoute à l’abus sexuel !
La postface de l’ouvrage développe la question de savoir comment être présent à la personne blessée physiquement, psychiquement et spirituellement, sans s’abîmer soi-même dans la souffrance. Des pistes sont proposées : avoir une bonne formation initiale et continue ; s’interroger sur son propre lieu de confiance ; se positionner face à soi, à autrui, à l’Autre ; reconnaître ses limites ; savoir s’entourer de personnes respectueuses ; savoir reconnaître que compatir épuise, et se ressourcer avant que cela n’arrive...

[1] • Karlijn Demasure, Marilyn Guindon, Stéphane Joulain, Judith Malette et Ramon Martinez de Pison.

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