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jeudi, 10 novembre 2016 10:03

Rêverie de l'acteur solitaire

Écrit par

Couv Vachoux 1bis«Écris-moi», «prolonge-moi»... dit un jour l'homme de théâtre à son élève. Ces mots, ce dernier les a avalés et, suite à de nombreuses conversations, après des heures et des heures de réflexion, les a transcrits librement. Cette longue rêverie, divisée en 80 fragments, nous emporte du début à la fin, confie la préfacière Françoise Courvoisier. Alors, laissons-nous emporter et remercions l'élève - dont j'ai beaucoup aimé sa Messe sur le Monde1 - de nous offrir ce parcours.

 

Richard Vachoux, Julien Lambert
Rêverie de l'acteur solitaire
Genève, Slatkine 2016, 178 p.

À l'invitation de son maître, nous dit le jeune homme, il a donc enregistré six longs entretiens dans un bistrot ou dans un salon, pendant lesquels les compères se sont laissés entraîner aux joies ludiques des échanges sur la vie, le théâtre et... Dieu. Puis, l'élève a tranché, collé, complété, réécrit, pour nous confier cette trace que l'acteur veut laisser. Souvenons-nous, en commençant la lecture, que Richard Vachoux a été le premier à Genève à réunir des acteurs locaux dans des distributions professionnelles, à obtenir des subventions régulières pour un théâtre de création, à faire jouer les avant-gardes. Il a été directeur du Théâtre de Poche, de La Comédie, fondateur de L'Orangerie et doyen du Conservatoire. Au long des 80 chapitres du livre, c'est la voix de l'acteur-poète que nous entendons. Selon ses dires, il a parfois réussi à unir, par le théâtre, la sensualité et la spiritualité, lesquelles, selon lui, ne sont qu'une seule et même chose.

Marqué à la naissance
Richard Vachoux est né noir comme du charbon. Il a failli mourir à sa naissance, et la mort sera toujours à ses côtés, comme une présence non pas déliquescente mais irradiante. Citant Gandhi puis le jésuite Teilhard de Chardin, il affirme que vivre n'est pas quelque chose que l'on explique, mais un mystère qu'il faut vivre. Il insiste sur le fait qu'il s'est laissé habiter par son environnement, source d'inspiration, et a tourné son regard vers des auteurs qu'on ignorait à l'époque: Pirandello, Ibsen, Strinberg, Obaldia, Dürrenmatt, Vian alors que le public était habitué à Boileau, Racine, Feydeau, Labiche. Le rire, dira-t-il, est le propre d’Eugène Ionesco, et la dérision du ressort de Samuel Beckett. Il se demande: que choisirais-je comme spectacle à présenter à Dieu... Ce ne serait pas une pièce de théâtre, mais de la poésie. Il la lui dirait, comme il l'a fait, seul devant un piano, les soirs d'été à l'Orangerie. Le théâtre est amour, dit-il, parce qu'il est poésie vive, brûlante, charnelle et qu'il élargit l'homme aux dimensions de Dieu.
Terminons par une citation: «Le monde est une scène et tout homme un acteur.» Bon chemin.

Marie-Luce Dayer

A voire également, les pages dédiées à la relation artistique entre l'homme de théâtre et le jésuite et au vernissage du livre à l'Orangerie, sur jesuites.ch.

En 2011, Julien Lambert met en scène la Messe sur le monde de Teilhard de Chardin sj, un spectacle-prière qu’il interprète lui-même sur scène jusqu’en 2013.

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Coédité par choisir et les éditions Slatkine, ce recueil regroupe douze nouvelles retenues par le jury du concours pour écrivain(e)s lancé par notre revue lors de son 60e anniversaire.

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