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lundi, 19 décembre 2016 17:20

René Longet, un humaniste volontariste

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Aller a l essentielPartir de l’«indignez-vous» pour aller à l’«engagez-vous». Agir, fédérer, se responsabiliser, prendre conscience des menaces et des défis, se regrouper pour atteindre plus d’efficacité, telle est la morale très volontariste de René Longet. Elle s’est manifestée dans une vie d’engagement à en donner le tournis. Dans la politique d’abord. René Longet a commencé curieusement par le haut, avec neuf ans de présence au Conseil national, puis a terminé avec trois législatures à l’exécutif de la Commune d’Onex. Cela correspond à son très fort désir de rester au contact de la réalité. Socialiste certes, mais pragmatique.

René Longet
Aller à l’essentiel. Repères pour notre temps
Entretiens avec Sandra Widmer Joly
Bière-Nîmes, Cabédita-Riresc 2016, 104 p.

La politique ne se fait pas contre l’économie, note-t-il, sa fonction doit être de constamment orienter la formidable énergie de l’économie de marché vers l’intérêt du plus grand nombre. Il dénonce l’attitude schizophrène à l’égard des multinationales quand, à Genève, on ne cesse de les mettre au pilori, pour aussitôt se lamenter quand elles délocalisent. Il s’agit au contraire de favoriser le développement économique dans le cadre d’un État démocratique et libre, protégeant le faible du fort et incarnant le bien commun.
L’autre préoccupation centrale de Longet est celle de l’environnement. Ce citadin a gardé un contact étroit avec la nature, découverte au chalet dans la montagne, débouchant sur un intérêt pour la paysannerie, la vie proche des animaux et des plantes. La découverte des désastres environnementaux provoqués par les excès de l’industrialisation, une civilisation du jetable et un consumérisme sans égard pour l’accumulation des déchets l’ont conduit à une incessante activité dans le WWF, dans la mobilité responsable, le développement durable, les efforts pour sortir du nucléaire, une attention à l’économie de montagne.

Un militant... «durable»!
Un pied dans l’associatif, un autre dans le monde politique, un troisième, si j’ose dire, dans les médias pour propager ses idées : le militant Longet n’a pas ménagé sa peine. Mais il ne s’en plaint pas. Beaucoup de militants finissent fatigués, aigris, désabusés, remarque-t-il, mais lui n’en prend pas le chemin.
Il a une éthique humaniste. Il voit un parallélisme entre notre traitement de la nature et celui des humains. Il aime la proximité de la politique communale, cantonale, fédérale, mais il s’est aussi impliqué dans les congrès internationaux pour lutter contre le réchauffement climatique. Et la construction européenne à partir des régions, comme le proposait Denis de Rougemont, lui paraît une nécessité. Car s’il ne déteste pas la nation, il est surtout convaincu que l’ampleur des problèmes nous oblige à les traiter dans leur dimension internationale et qu’il manque une vision commune pour cadrer la mondialisation. Pour cela, il faut tenir les deux bouts de la chaîne : l’individu et la dimension sociétale. Ainsi le municipal Longet a-t-il fait la tournée du matin avec les éboueurs pour connaître les quartiers de sa ville, mais se préoccupe également du contrôle du CO2 dans l’atmosphère de la planète.
Tout cela est fort exigeant. «De plus en plus de gens n’arrivent plus à suivre, ni physiquement, ni moralement, cette course effrénée où l’on court on ne sait ni où ni pourquoi, et se retrouvent au bord du chemin.» C’est bien vrai.
Je connais l’affection de René Longet pour François d’Assise, et il y a un mot que je n’ai pas vu apparaître dans son texte et qui pourtant mériterait d’y figurer, c’est celui de contemplation. Chez le pauvre d’Ombrie, l’amour de la nature, de l’homme et du Créateur donne cette unité qui apporte paix et repos dans la fraternité.

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Coédité par choisir et les éditions Slatkine, ce recueil regroupe douze nouvelles retenues par le jury du concours pour écrivain(e)s lancé par notre revue lors de son 60e anniversaire.

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