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lundi, 07 janvier 2008 01:00

Histoire agitée d'un monastère

Écrit par

Deletra 39977Nuria Delétra-Carreras, L'abbaye de la Maigrauge (1255-2005). 750 ans de vie, La Sarine, Fribourg 2005, 532 p.

Maigrauge, magere Au, une prairie sèche entre le cours de la Sarine et les falaises de molasse qui dominent l'entrée de la ville de Fribourg. C'est là qu'en 1255 une poignée de femmes fonde un monastère inspiré par la spiritualité cistercienne. Génération après génération, des jeunes filles l'ont rejoint, entretenu, augmenté, défendu avec une pugnacité étonnante, malgré les difficultés et les menaces qui ont jalonné son existence.

A partir du couvent de Cîteaux, rendu célèbre par saint Bernard et ses compagnons, un mouvement extraordinaire traverse l'Europe : 350 monastères à la mort de Bernard, plus de 1000 au début du XIVe siècle. Dans le canton de Fribourg, surgissent le couvent d'hommes de Hauterive et deux de femmes, la Fille-Dieu à Romont et celui de la Maigrauge. -Situé sur la rive droite de la rivière, ce dernier se voit reconnu par Berne en 1268, alors que Fribourg ne lui accorde la combourgeoisie qu'en 1456. La ville fédérale restera fidèle à cette attitude : lors de la récente réfection des stalles, elle fera un don généreux à sa « combourgeoise ». Parcourir l'histoire du monastère, c'est tracer une coupe au travers de la culture occidentale. D'abord, l'audace des fondatrices (au XIIIe siècle, les femmes disposaient de plus de droits et de libertés que les Françaises sous le code Napoléon) ; ensuite, la capacité des abbesses à défendre au cours des siècles leur indépendance, face aux multiples pressions économiques et idéologiques.

Au temps de la Réforme, la situation des monastères devient difficile mais la Maigrauge subsiste. Et le renouveau catholique, après le concile de Trente, donne des fruits magnifiques : le XVIIe siècle voit le nombre des religieuses atteindre la cinquantaine, alors qu'en moyenne il oscille entre vingt et trente. -Paradoxalement, c'est à partir du XVIIIe siècle, le temps « des libertés », que les conflits ont été les plus durs. Le goût est à l'utilitarisme et non aux contemplatifs. L'empereur Joseph II liquide 400 couvents sur ses terres. La menace se précise avec l'arrivée des troupes françaises en 1798, mais les filles de Cîteaux traversent la bourrasque révolutionnaire. En 1847, les troupes fédérales de la guerre du Sonderbund occupent la ville ; le monastère héberge des soldats vaudois « qui ne donnent lieu à aucune plainte ». Par contre, le gouvernement radical fribourgeois qui leur succède interdit au couvent de recevoir des novices et annexe ses biens. L'interdiction est levée en 1857 mais la perte des biens entraîne misère et dénutrition parmi les religieuses.

Au XXe siècle, c'est le concile Vatican II qui amène le plus de changements : passage au français pour l'office, réaménagement des stalles, des cellules, du vêtement. L'essentiel reste : le silence, la prière, la vie intérieure, Dieu. Comme le dit une moniale : « La vie cistercienne m'offre l'espace et la durée pour devenir chaque jour un peu plus un être humain, un peu plus femme, un peu plus moi-même. »

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