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mardi, 11 février 2020 10:31

L'histoire de l’Église assyrienne de l’Orient

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Le monastère de Rabban Hormizd, près de la ville irakienne d'Alqosh, au nord de Mossoul, fut la résidence officielle d'un lignée de patriarches de l'Eglise de l'Orient (XVIe -XVIIIe siècle) © Jacques BersetNi l’Église romaine ni l’Église byzantine n’ont rivalisé, au Moyen-Age, avec le zèle missionnaire de l’Église assyrienne de l’Orient. Cette Église apostolique s’étendait alors de l’Irak actuel, voire même des bords de la Méditerranée, jusqu’en Chine. L’origine de cette communauté, aujourd’hui majoritairement en diaspora, se trouve en Mésopotamie, souligne l’écrivaine genevoise Christine Chaillot. Récit de la grandeur et du déclin de cette Église.

L’Église assyrienne de l’Orient remonte, selon la tradition, à trois apôtres ou disciples de Jésus-Christ: Mar Addaï (aussi connu sous le nom de Thaddée), Mar Mari (Luc X, 1-24) et Mar Toma ou l’apôtre Thomas, ce dernier ayant fondé des églises sur la côte sud-ouest de l’Inde, dans l’actuel Kerala, où il serait arrivé vers 52 après J.-C. Puis le christianisme de cette Église se répandit depuis la Mésopotamie dans tout l’Empire perse et bien au-delà.

Ces trois disciples du Christ sont les premiers missionnaires de cette Église orientale apostolique qui a été pendant longtemps (faussement) dénommée nestorienne. Son premier patriarche, nommé aussi catholicos, résidait à Ctésiphon, l’ancienne capitale de l’Empire perse, à 30 km au sud-est de la ville actuelle de Bagdad, en Irak.

Limitée du côté occidental par l’Empire byzantin, elle s’est développée, d’une part, de la Mésopotamie vers le sud, en direction de l’Arabie saoudite, et vers le sud-est, le long du Golfe persique. Des ruines d’églises et de monastères ont été découvertes sur la côte nord de l’actuelle Arabie saoudite et sur les îles du Golfe. De là, par la mer, ces missionnaires se déployèrent jusqu’en Inde et aussi au nord-est de l’Empire perse.

Chaillot

Sur les Routes de la soie

Contournant l’Himalaya par le nord, dans les régions turco-mongoles de l’Asie centrale, les missionnaires ont suivi les marchands sur les fameuses Routes de la soie, pour arriver jusqu’en Chine au VIIe siècle sans doute, relève Christine Chaillot, dans son ouvrage L’Église assyrienne de l’Orient. Histoire bimillénaire et géographie mondiale (Paris, L’Harmattan 2020, 232 p.)

Fascinée par l’histoire des Églises orientales, trop souvent méconnues, cette «femme de terrain», de confession orthodoxe, issue d’une vieille famille protestante genevoise, a rencontré, notamment en Irak, en Iran, en Syrie, au Liban, en Arménie, en Géorgie et en Russie, les communautés de cette très ancienne Église, qui atteignit son plus grand déploiement géographique au Moyen-Age. Elle s’étendait alors d’Antioche (aujourd’hui Antakya, en Turquie), qui fut l’une des villes d’arrivée de la Route de la soie, jusqu’à la Mer de Chine, et, du nord au sud, du Lac de Van, dans le sud du haut-plateau arménien (aujourd’hui en Turquie), jusqu’au sud de l’Irak actuel.

La stèle de Xi’an

L’Église assyrienne de l’Orient est, à la base, historiquement et géographiquement, l’Église de Perse, où elle œuvra à évangéliser durant des générations. Elle le fit malgré des épisodes de persécutions, se heurtant tout d’abord à la forte opposition des prêtres de la religion zoroastrienne, religion monothéiste née sur le territoire de l’actuel Iran. Plus tard elle sera victime de la nouvelle religion, l’islam.

Musée des stèles à Xi’an Le sommet de la stèle chrétienne dite "nestorienne", érigée le 7 janvier 781. © David Castor/WikipediaAu nord-est de l’Empire perse, suivant les marchands sur les diverses Routes de la soie, les missionnaires arrivent jusqu’en Mongolie, puis dans le territoire de la Chine actuelle. On connaît notamment cette histoire grâce à la fameuse stèle chrétienne de Xi’an, l’ancienne Chang’an, exposée au musée Beilin, qu’on appelle aussi la forêt des stèles. Érigée en 781, cette stèle raconte comment la religion «resplendissante, lumineuse» (c’est-à-dire le christianisme) est arrivée en Chine sous la dynastie des Tang (618-907).

«C’est grâce à la stèle de Xi’an, capitale de la province du Shaanxi, à l’extrémité orientale de la Route de la soie, que l’on sait que les missionnaires de l’Église de l’Orient furent les premiers chrétiens arrivés en Chine au VIIe siècle déjà, près d’un millénaire avant l’organisation des premières missions catholiques!» On peut lire sur la stèle qu’un moine de l’Église de l’Orient nommé Alopen arriva en Chine en 635. «L’Empire des Tang était alors la plus grande puissance mondiale et entretenait des relations commerciales jusqu’à Byzance, à l’ouest.»

Au IXe siècle, cette Église connut des persécutions et l’expulsion hors de Chine, tout comme les autres religions «étrangères» (bouddhisme et manichéisme). Il est possible que quelques chrétiens restèrent cependant dans le nord de la Chine et en Mongolie intérieure. Il faut attendre encore de nouvelles découvertes scientifiques pour le certifier.

Avec l’arrivée au pouvoir de la dynastie mongole des Yuan au XIIIe siècle (les turco-mongols de la descendance de Gengis Khan qui s’établirent en Chine), la période se révèle favorable aux chrétiens. Nombre de ses chefs prendront pour épouses des chrétiennes. L’Église de l’Orient connut alors un renouveau en Chine.

Persécutions: la fin de l’Église de l’Orient en Asie

La fin du XIXe siècle et le début du XVe siècle furent dramatiques pour les fidèles de l’Église assyrienne de l’Orient dans presque toute l’Asie. En effet, pour le nouveau maître du continent, Timour Lang (Timour le boîteux -en français Tamerlan), l’islam était la seule religion acceptée: les chrétiens furent persécutés, les églises et les monastères dévastés. L’infrastructure de l’Église de l’Orient fut dès lors presque entièrement détruite.

Celle-ci ne survécut pratiquement que dans deux régions du Moyen-Orient: dans les montagnes de la province du Hakkari (au sud-est de la Turquie actuelle, entre le Lac de Van et le nord de l’Irak) et en Azerbaïdjan perse (aujourd’hui au nord-ouest de l’Iran). Vers 1830, près d’un tiers des fidèles de l’Église assyrienne de l’Orient étaient passés au catholicisme, en raison de l’envoi de missionnaires dans les régions où ils vivaient. Dès le XIXe siècle, diverses autres Églises (protestantes, anglicane puis orthodoxe russe) envoyèrent également des missionnaires. 

«Au début du XXe siècle, les chrétiens assyriens étaient devenus une sorte de jouet dans la stratégie des grandes puissances (Russie, France, Grande-Bretagne) et de leurs Églises respectives.»

Dès 1915, le génocide des chrétiens par les Ottomans, dont celui des Assyriens, allait encore une fois décimer cette Église: de 100’000 à 120’000 Assyriens, soit environ un tiers de la communauté, périrent entre 1915 et 1918. Ceux qui ne furent pas tués allaient mourir de faim, de maladie et d’épuisement sur les routes. Ces massacres connus sous le nom de Sayfa (ou Epée en dialecte néo-araméen oriental, la langue des fidèles de cette Église) se sont déroulés en Anatolie orientale, au Hakkari, au nord-ouest de l’Iran, durant la même période et dans le même contexte que le génocide arménien et celui des Grecs pontiques.

Au cours du XIXe siècle déjà, les Kurdes avaient commis des massacres contre les chrétiens de l’Église assyrienne de l’Orient. En 1841 puis en 1846, deux chefs kurdes du Hakkari massacrèrent la population en attaquant des villages. La résidence du patriarche à Qotchanès, le siège du patriarcat de l’Église assyrienne de l’Orient du XVIIe siècle à 1915, fut incendiée.

Des chrétiens errants. La diaspora

Après 1915, les Assyriens se réfugièrent tout d’abord à l’est du Hakkari, dans les confins nord-occidentaux de l’Iran, puis en Irak actuel (alors sous mandat britannique), sur leurs terres d’origine, la Mésopotamie, et au nord de la Syrie. Ils devinrent des chrétiens errants d’une région à l’autre, «pris dans un cycle infernal qui les porta du sud-est de la Turquie actuelle (province de Hakkari), en Iran, puis en Irak et dans le nord-est de la Syrie, au Khabour».

À partir des années 1980, ils ont été obligés de chercher refuge encore une fois ailleurs, en raison des guerres régionales (Iran-Irak, Syrie, etc.) et de l’émergence de divers mouvements djihadistes, dont le plus sanglant fut Daech.

Les attaques antichrétiennes au Moyen-Orient, qui ont affecté toutes les communautés, ont également touché les chrétiens de l’Église de l’Orient. Ils furent une nouvelle fois forcés de rejoindre les vagues de réfugiés dans les pays avoisinants (Jordanie, Turquie, Liban), mais également, pour ceux qui purent obtenir un visa, leurs communautés en Europe, en Amérique du Nord et en Australie.

Aujourd’hui, les communautés assyriennes vivent pour leur majorité en diaspora. Sur un nombre total estimé à environ 460’000, les fidèles de cette Église vivent, pour près de la moitié (200’000) aux États-Unis, 30’000 sont installés en Australie, 25’000 au Canada, autant en Inde, 20’000 en Europe occidentale (la plus grande communauté étant établie en Allemagne). D’autres communautés se trouvent en Russie, en Géorgie, en Arménie et en Ukraine. Au Moyen-Orient, de petites communautés subsistent au nord de l’Irak, en Syrie (région du Khabour, au nord-est du pays), au Liban et en Iran.

Pour ces fidèles de l’Église assyrienne de l’Orient, conclut Christine Chaillot, le défi est de ne pas perdre les liens avec leurs communautés d’origine et de ne pas oublier leur identité et leur culture (notamment leur langue néo-araméenne et leur religion). C’est un défi colossal, car les jeunes générations sont rapidement assimilées dans le melting pot de la société mondialisée, risquant ainsi de perdre un héritage culturel et patrimonial bimillénaire.


L’Église des deux conciles

L’Église assyrienne de l’Orient est une Église des deux conciles, car c’est une Église antéchalcédonienne (d’avant le concile de Chalcédoine, en 451). Elle reconnaît les professions de foi des deux premiers conciles œcuméniques des premiers siècles du christianisme : le premier concile de Nicée (325) et le premier concile de Constantinople (381). Elle n’a, par contre, pas accepté le concile d’Éphèse en 431, et a été, souvent et faussement, qualifiée de nestorienne.

Un dialogue interconfessionnel entre l’Église catholique et l’Église apostolique assyrienne de l’Orient existe officiellement depuis les années 60 en vue d’améliorer leurs relations et de résoudre les différends doctrinaux. Ce dialogue porte à la fois sur la mariologie et la christologie. Il s’agit d’un côté de l’identification de la Vierge Marie comme Theotokos (Mère de Dieu) ou Christotokos (Mère du Christ), ce qui revient au même, et, de l’autre côté, du rapport entre l’humanité et la divinité du Christ tel que défini dans le symbole de Chalcédoine en 451. Ce dialogue bilatéral a abouti en 1994 à la signature d’une déclaration christologique commune par le pape Jean Paul II et le patriarche de l’Église assyrienne de l’Orient Mar Dinkha IV.

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