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mardi, 04 août 2020 15:42

Un monothéisme sans dieu

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un monothéisme sans dieu Elohîm et YHWH sont les deux vocables pour désigner le dieu de la Bible. François Rachline, universitaire et écrivain, explore la relation qu’entretient le monothéisme avec une divinité qui est tout à la fois plurielle (Elohîm) et indicible (YHWY), en plus de l’ambiguïté grammaticale entre un sujet pluriel et un verbe au singulier. De là découlent les difficultés de la traduction.

François Rachline
Un monothéisme sans Dieu
Paris, Hermann 2018, 92 p.

«Écoute Israël, YHWH est notre Elohîm, YHWH est un» (Dt 6,4). Or, le verbe être en hébreu ne se conjugue pas au présent. On devrait traduire «YHWH sont nos Elohîm, YHWH est un». Un? Unique? L’auteur explicite ces termes et pose la nuance entre l’unité et l’unicité d’Elohîm. «Certes, YHWH désigne l’Elohîm d’Israël, mais il n’est jamais qualifié d’unique. Le surnom Adonaï contourne la difficulté de l’impossible prononciation, et pourtant, comme Elohîm, c’est encore un pluriel. De quelques manières qu’on y regarde, impossible d’éviter ce qui ressemble bien à une apparente contradiction: ce dieu du monothéisme est décidément très pluriel.» Le UN consiste à établir une différence avec les croyances polythéistes. On ne trouve jamais dans la Bible «Il n’y a qu’un seul Dieu».

L’auteur aborde les rapports de Dieu et de l’homme par l’image et la ressemblance. Le monothéisme «met en scène une relation d’ordre filiale entre l’homme et Elohîm son créateur». Dans les nuances, il est dit que Dieu a «créé» le monde et a «fait» l’homme. «En quoi Elohîm et l’homme peuvent–ils donc se ressembler?» Par leur capacité créatrice. Mais comme «l’Elohîm d’Israël, l’être humain n’est pas seulement un créateur, il est aussi un et pluriel». L’auteur inverse courageusement le verset: «Nous ferons l’homme à notre image et à notre ressemblance» par «Nous ferons Elohîm à notre image et à notre ressemblance».

La question de l'élection

La proximité entre «Elohîm» et les hébreux, dans une confiance absolue, pose la question de «l’élection» du peuple d’Israël. Strictement parlant, le terme «peuple élu» est introuvable dans la Bible. Il n’est pas désigné parce qu’il est supérieur mais pour accomplir une tâche: respecter les commandements que Moïse lui a transmis. «Parle à la communauté des enfants d’Israël et dis-leur: Soyez différents! Car je suis différent, moi YHWH votre Elohîm.» De là, une différence fondamentale entre ceux qui servent les idoles et les Hébreux, dont la divinité reste inaccessible, innommable, omniprésente, indivisible comme l’absence. Il s’agit d’une invitation: travaillez à être différent! L’élection n’est pas une donnée mais un appel. La Bible proposerait-elle un monothéisme sans dieu?

Après La loi intérieure (2010) et Au commencement était le futur (2014), son dernier livre Un monothéisme sans Dieu fait partie d’une trilogie, fruit de plus de vingt ans de travail sur le texte hébraïque, afin de mieux comprendre ce qu’il est, ce que nous sommes. Cela nous fait comprendre qu’on ne peut pas lire la Bible en surface mais que nous avons toujours besoin de revenir au mot hébreu, à multiple facettes, pour essayer d’entrer dans ce texte si riche et si complexe, le décoder afin de fuir les généralisations et les jugements de surface. Ce livre est passionnant, à lire et à relire. Et nous nous retrouvons face à nous-même, à notre responsabilité individuelle. «Puise en toi la force, la nécessité de ta liberté, de ton futur.»

Pour continuer la réflexion, nous pouvons réentendre l’émission de France-Culture Talmudiques où Marc-Alain Ouaknin interview François Rachline, à 9h20, le dimanche 18 novembre 2018.

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