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mardi, 08 juin 2021 10:01

N’ayez pas peur du collapse

Écrit par

SutterSteffenPierre-Eric Sutter, Loïc Steffen
N’ayez pas peur du collapse
Paris, Desclée de Brouwer 2020, 284 p.

Les risques sont connus depuis au moins un demi-siècle. Malgré les législations internationales et nationales, les appels, les alertes et aussi certaines modifications de comportement et de produits, il n’a pas été possible de réduire l’empreinte écologique de l’humanité. Au contraire, nous vivons de plus en plus à crédit.

Cette prise de conscience est traumatisante car, «avec le récit du collapse, le long fleuve tranquille de nos projets futurs est radicalement remis en cause (travail, couple et enfants, etc.)». Mais «on est aussi frappé par les boucs émissaires mis en avant sans discussion possible: c’est la faute au patriarcat, c’est la faute au colonialisme, c’est la faute au capitalisme, c’est la faute de l’homme. Et les solutions découlent de l’éradication du bouc émissaire désigné.»

Les auteurs identifient le collapse comme une difficulté croissante à assurer ces services vitaux que sont l’alimentation, la sécurité, l’énergie, les soins, les retraites ou le logement. Mais le collapse peut aussi être celui de nos représentations: il s’agit d’accepter que «les lois de la nature soient hiérarchiquement supérieures aux lois humaines et non le contraire». Enfin, ce peut être aussi une division croissante de la société, une radicalisation des positions.

Ils restent toutefois muets sur les modalités concrètes de l’effondrement: perte de productivité des sols? vague de migrations climatiques? explosion des prix en raison de ressources raréfiées et implosion du système monétaire et du pouvoir d’achat? modification du régime hydrologique? La perte de la capacité de réponse est, il est vrai, déjà bien avancée dans le monde à travers la montée du populisme et du nationalisme et de ses contenus: affaiblissement des plateformes de concertation multilatérales, rejet des préoccupations écologiques, démantèlement de l’État de droit et de l’action citoyenne.

Reste à savoir si le collapse donnera lieu à davantage d’équité et de solidarité, par exemple à travers «un rationnement drastique de l’énergie ou de la nourriture» pour assurer les besoins de base de tous, et un développement de l’autosuffisance énergétique et alimentaire. Pour parvenir à cette issue positive, les auteurs proposent une démarche d’introspection et de reconnexion au spirituel, une maîtrise des passions et «l’exigence de rigueur dans l’argumentation». «L’être humain doit réfléchir à ce qu’il doit sauver pour ne pas disparaître.» De cette manière «nous pouvons éviter que l’effondrement soit trop violent (…). Nous pouvons envisager, espérer même, une vie décente après le collapse», écrivent-ils.

On peut cependant douter que des vertus qui n’ont pas suffi pour mener une démarche préventive puissent prendre le dessus une fois le collapse survenu, d’autant plus si les structures capables d’assurer une distribution équitable et une relocalisation fonctionnelle ne sont plus là. Mais le livre peut aussi se lire comme un ultime plaidoyer pour réussir la transition…

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CouvLivreChoisir

Coédité par choisir et les éditions Slatkine, ce recueil regroupe douze nouvelles retenues par le jury du concours pour écrivain(e)s lancé par notre revue lors de son 60e anniversaire.

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Scénarios de films imbibés de whisky, cinéastes alcooliques, publicités pour des marques de bière: l'ivresse côtoie depuis des décennies Hollywood. Virée éthylique avec Patrick Bittar dans le cinéma étasunien.