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mercredi, 06 septembre 2006 02:00

Le bouddhisme. Au-delà des simplifications et des préjugés

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mishra40263finmidal40267buddhismegira40273midalPankaj Mishra, La fin de la souffrance. Le Bouddha dans le monde, Buchet/Chastel, Paris 2006, 454 p.

Fabrice Midal, Quel bouddhisme pour l'Occident ?, Seuil, Paris 2006, 456 p.

Dennis Gira, Fabrice Midal, Jésus, Bouddha. Quelle rencontre possible ?, Bayard, Paris 2006, 192 p.

Pour découvrir l'histoire du bouddhisme dans les siècles qui ont suivi la naissance du Bouddha (VIe s. av. J.-C.), Pankaj Mishra, romancier et journaliste indien, nous entraîne dans ses recherches philosophiques et ses voyages qui ont agrémenté sa quête personnelle. Sans jamais nous lasser, il nous livre un essai sur la vie présumée du Bouddha, sur le terreau politique et religieux où s'est enraciné le bouddhisme, sur son influence sur les dirigeants politiques qui ont façonné l'Inde dans les siècles suivants et jusqu'au monde actuel. La modernité du bouddhisme est comparée à la philosophie de penseurs tels que Pythagore, les stoïciens, Marx, Nietzsche, Freud, en passant par Hume, les romantiques allemands, Flaubert et Proust. Après cette fresque érudite, se pose la question du bouddhisme actuel en Occident tel que nous pouvons l'appréhender, soit de l'extérieur, soit de l'intérieur. La publicité et le sens commun ne lui rendent pas service ! « Soyez zen » et d'autres expressions de ce genre laissent entendre que la pratique du bouddhisme mène à un hédonisme béat, à un mieux-être, une détente ou au bonheur. Pratiquez la méditation et vous découvrirez que ce n'est pas si simpliste !

Fabrice Midal, docteur en philosophie et enseignant bouddhiste, s'élève contre cette « imposture psychologique actuelle ». Dans un livre passionnant, il remet en place la profondeur de cette voie qui ne se résume pas seulement à la pratique de la méditation assise mais à une vision retournée de la vie quotidienne. « Le chemin spirituel n'est pas un sentier couvert de pétales de lotus : il nécessite un travail difficile, héroïque et parfois douloureux? mais magnifique », ce que tout méditant bouddhiste peut confirmer ! Voie du milieu entre ascétisme et matérialisme, est-ce une religion ? une philosophie ? Plutôt un chemin qui privilégie l'ouverture du coeur, un sens attentif de la présence, un rapport direct avec l'expérience, une compassion infinie ; pour résumer, « entrer en résonance avec ce qui t'habite? avec ce qui est ». Cela implique des exigences, des préceptes, l'importance de l'étude, des implications dans la vie de tous les jours de doctrines comme celles du non-soi (ou non-ego) et de l'interdépendance de toutes choses. Mais quel bouddhisme pour l'Occident ? Pour Fabrice Midal, il est « celui qui ne cesse de s'inventer lui-même, se mettant toujours en oeuvre, à neuf, dans l'expérience de chacun ».

Dans son dialogue très exigeant avec son ami Dennis Gira, théologien chrétien et spécialiste du bouddhisme, il déclare qu'« il est frappant de constater, quand on approfondit la différence entre le bouddhisme et le christianisme, qu'il ne s'agit pas d'une opposition de doctrine, mais de la manière même dont nous nous rapportons aux êtres et aux choses ». Si le christianisme affirme que l'homme est un être relationnel, le bouddhisme préfère la notion de présence. Il est donc important de ne pas concevoir le dialogue intellectuellement, mais de s'y engager. Ce que font à merveille ces deux amis.

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