banner societe 2016

Pierre Emonet sj

jeudi, 01 septembre 2016 14:33

Du neuf et du vieux

Il est passé le temps des idées trop claires et distinctes, lorsqu’il suffisait de se tourner vers une autorité civile ou religieuse pour s’enquérir de ce qui est permis ou défendu, et s’exécuter en toute raideur au mépris des situations concrètes. Aujourd’hui, les normes générales et les règlements ne parviennent plus à baliser une route certaine. Plus que jamais, chacun est renvoyé à sa propre décision. Qui veut respecter le droit doit être capable d’aller au-delà, en conscience, à la lumière de ses propres idéaux.

mercredi, 04 mai 2016 11:14

"choisir" devient trimestrielle !

Dès l’automne, votre revue paraîtra sur deux supports complémentaires : une édition papier trimestrielle et un site web proposant des articles d'actualité.

Plus étoffée, l'édition trimestrielle développera deux dossiers par numéro, autour de thématiques fortes. La rédaction vous proposera en outre sur son site web encore plus d'articles d’actualité, dans ses domaines de prédilection (spiritualité, théologie, politique, société, arts, etc.). Un tournant vous attend, comme l’explique Pierre Emonet, directeur de la revue, dans la lettre ci-dessous.

mardi, 03 mai 2016 17:37

Réaliste et concret

L’opinion publique a réservé un accueil favorable à la récente Exhortation apostolique Amoris laetitia du pape François sur la famille. Une faveur à la hauteur de l’attente des personnes qui s’interrogent sur l’avenir du mariage et sur la capacité de l’Eglise catholique à proposer un enseignement réaliste. Seuls les partisans du mariage homosexuel et de rares cardinaux plus nourris de droit canon que d’Evangile ont manifesté leur désaccord. Les uns attendaient une reconnaissance, les autres un enseignement dogmatique musclé. En bon jésuite, le pape a surpris tout le monde en empruntant un autre chemin, celui du pasteur conscient de la diversité et de la complexité des situations auxquelles sont confrontées ses ouailles : le chemin du discernement.

Le pape constate : « Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer une pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète d’un être humain. »[1] Du moment que le degré de responsabilité n’est pas le même dans tous les cas, mieux vaut renoncer à une législation de type canonique et accompagner plutôt la personne dans son cheminement compliqué, pour l’aider à faire des choix inspirés par l’Evangile. Se contenter d’appliquer des lois morales à ceux et celles qui vivent des situations « irrégulières » évoque, pour le pape, la lapidation des pécheurs à l’époque de Jésus. L’image est forte !

La pratique du discernement a toujours suscité la méfiance de ceux qui cherchent à se rassurer en cloîtrant la vie derrière les grilles d’un catalogue de normes. Comme s’ils redoutaient que la subjectivité humaine l’emporte sur la vérité. On se souvient des Provinciales de Pascal et des querelles plus récentes concernant la « morale de situation ». Certains prélats se sont empressés de minimiser la portée des propos du pape. Oubliant que l’Exhortation apostolique reprend les conclusions d’un Synode général représentant le magistère, un pétulant cardinal américain a trop vite conclu qu’il ne s’agit pas d’un acte du magistère, mais d’une opinion personnelle du pape François, capable d’engendrer une confusion nocive.

Pour qui emprunte le chemin du discernement, la réalité n’est plus toute noire ou toute blanche. S’il respecte certaines catégories dogmatiques, il ne les confond pas avec la vie. Il s’engage dans une dynamique à la recherche d’une solution concrète et réaliste, et au confort paresseux du formalisme, il préfère s’exposer au Dieu des surprises.

Ceux qui applaudissent aujourd’hui aux propos du pape sur le mariage devront s’en souvenir lorsqu’ils apprendront les tractations entre le Vatican et la Fraternité schismatique d’Ecône ! Jusqu’ici, Rome avait engagé le débat sur le terrain doctrinaire : il s’agissait pour Ecône d’accepter le concile Vatican II dans son ensemble, comme un enseignement insécable. Aujourd’hui, les exigences dogmatiques cè­dent le pas à une invitation à entreprendre un discernement commun. Désormais, à en croire les déclarations de Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission Ecclesia Dei,[2] Rome n’exige plus une reconnaissance sans distinction de l’ensemble du concile, mais propose de moduler son acceptation selon le degré d’importance des documents conciliaires. Si l’adhésion à la profession de foi, le lien des sacrements et la communion hiérarchique avec le pape restent incontournables, d’autres décrets et déclarations qui ne sont que des directives pratico-pastorales doivent être accueillis « selon le degré d’adhésion requis ».[3] Reste à voir si Ecône acceptera de renoncer à sa rigidité inquisitoriale. Les critiques de Mgr Fellay à Amoris laetitia permettent d’en douter.

Une mentalité nouvelle se fait jour dans l’Eglise. A la raideur dogmatique succède un chemin de discernement, une dynamique de miséricorde. L’annonce du salut offert à tous doit tenir compte non seulement de la force de la vérité, mais de la personne et de ses circonstances.

[1] • Amoris laetitia, nos 300-305.
[2] • Commission chargée des discussions avec Ecône. Cf. cath.ch-apic, 07.04.2016.
[3] • C’est le cas du dialogue avec les religions non chrétiennes.

mardi, 01 mars 2016 17:41

Des jésuites ouvriers

Soutenus par le Père général Jean-Baptiste Janssens, des jésuites français se lancèrent en 1944 dans l’aventure des prêtres-ouvriers. Une histoire admirable de générosité, marquée par de grandes souffrances et des crises, où la nouveauté et la créativité entrèrent en conflit avec l’obéissance. Le Père Noël Barré retrace cette entreprise dans un livre récent, basé sur son propre vécu et une mine d’archives.

Les jésuites ont la réputation d’être plus proches des élites bourgeoises et des intellectuels que du monde ouvrier. Il est vrai que la Compagnie de Jésus a parfois soigné cette image en exhibant de préférence ses chevaux de parades : les confesseurs des rois, les savants, les grands prédicateurs, les apôtres au long cours, tant de personnalités hors du commun. Et pourtant... Ignace de Loyola s’était mis au service des plus démunis et des exclus, et ses initiatives en faveur des pauvres, des malades, des femmes en détresse, des prostituées constituèrent une part importante de l’engagement des premiers jésuites. De ses compagnons envoyés au concile de Trente en qualité de théologiens du pape, il exigea qu’ils aillent loger à l’hospice, parmi les pauvres, et qu’ils consacrent une partie de leur temps aux démunis et aux enfants.[1]

mercredi, 23 décembre 2015 09:05

Union suisse

Büchi 36225Christophe Büchi 
Mariage de raison. Romands et Alémaniques. Une histoire suisse 
Carouge, Zoé 2015, 464 p.

L’histoire mouvementée du ménage helvétique avait déjà fait l’objet d’une première publication en 2001 (sous la forme de la traduction française d’un original allemand) recensée par choisir. Depuis il y a eu du nouveau qui justifie une édition réactualisée.
Dans la première édition, le journaliste bilingue Christophe Büchi esquissait à grands traits quelques défis qui commençaient à bousculer la vie commune. Une cinquantaine de pages pour évoquer les questions qui, à l’époque, engrangeaient la mobilisation des citoyens des deux rives du Röstigraben. Depuis, Romands et Alémaniques se sont confrontés à d’autres défis, qui tour à tour les divisent ou les soudent.

Page 5 sur 14