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lundi, 29 juin 2020 08:11

Mesurer le bonheur plutôt que la richesse

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Home Bhoutan BouchardyEn voyage au Bhoutan, au printemps 1989, j’ai découvert un pays qui sortait de l’ordinaire. Enclavé entre Chine et Inde, au cœur de l’Himalaya, il a la taille de la Suisse (environ 47'000 km2), avec, aujourd’hui une population de 750'000 habitants. Ce pays se protège du tourisme de masse, par un quota de 100'000 touristes par an, devant dépenser 250 dollars par jour. Il m’était apparu calme, apaisant, accueillant, jamais stressé, sans pollution… Le pays idéal?

Encore aujourd’hui, le Bhoutan a une vie en semi-autarcie. À Thimphu, la capitale, très peu de voitures, pas de feu rouge, pas de Mac Do, pas de buildings, pas de panneaux publicitaires. etc.

En 1972, le roi du Bhoutan Jigme Singye Wangchuck, montant à 16 ans sur le trône, promulgue l’indice du Bonheur national brut (BNB). L'objectif est de guider l’établissement de plans économiques et de développement, au regard des valeurs spirituelles bouddhistes. Le BNB sera inscrit dans la constitution du 18 juillet 2008. Il se veut une définition du niveau de vie en des termes plus globaux que le produit national brut. Trente-trois indicateurs sont regroupés en neuf domaines, par exemple la santé psychologique, la vitalité communautaire ou l’utilisation de son temps…

Certes le bonheur est une expérience individuelle, mais il est généré collectivement, telle est la priorité du gouvernement autour de quatre piliers fondamentaux:

  • Un développement économique et social, durable et équitable
  • La préservation et la promotion des traditions culturelles bhoutanaises
  • La sauvegarde de l’environnement
  • Une bonne gouvernance.

Le Centre du bonheur national brut se charge de faire adhérer les populations au BNB, pour mettre en œuvre ces principes dans la vie quotidienne ou pour recaler des projets gouvernementaux qui vont à l’encontre des critères préconisés. Il s’agit d’associer la croissance traditionnelle à des notions de durabilité et de collectivité. Alors que le Bhoutan ne dispose que du 162e PIB du monde (à peine 7 milliards de dollars), il est le seul pays à présenter un bilan carbone positif. Mais la pauvreté et l’endettement restent des problèmes majeurs, ainsi que le chômage des jeunes et la perception d’une corruption croissante.

«C’est plus simple à dire qu’à faire», a déclaré le Premier ministre bhoutanais Tsering Togbay en 2016, qui reconnaît que cet indicateur n’a pas vocation à être universel. Il est plus aisé de subvenir aux besoins du Bhoutan avec ses 750'000 habitants qu'à ceux des grand pays.

Des tentatives sérieuses pour développer un indicateur de bonheur ont pourtant vu le jour. Ainsi l’OCDE a créé, en 2011, l'indice de Bonheur intérieur brut et établi le classement des pays où il fait bon-vivre; en 2020: le peloton de tête regroupe la Norvège, le Danemark, la Suède, la Suisse, les Pays-Bas et la Finlande.

Écouter la voix du bonheur, un dossier signé choisir, paru dans notre numéro 696, de juillet 2020.

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