lundi, 28 novembre 2016 15:26

À Alep

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« ... quand les hommes sont livrés à un profond sommeil, je fus saisi de frayeur et d’épouvante, et tous mes os tremblèrent... » (Job 4,13-14). Non, les nuits ne sont pas toujours ces heures bénies où l’on peut fermer les yeux pour se retirer du monde.

7 avril 2015

Ce soir c’est terrible. Les bombes tombent tout près de chez nous et nous sentons l’odeur de la poudre. Les murs tremblent à chaque explosion. Les balles ou les éclats, je ne sais pas, touchent les façades des bâtiments et font un bruit de pluie.

11 avril 2015

Un véritable carnage dans le quartier de Suleymanieh, un quartier chrétien. Les missiles qui tombent démolissent des immeubles entiers. Hier soir, un missile est tombé proche de ma maison familiale. Beaucoup de morts et beaucoup d’immeubles en ruine. (...). Je suis allé voir: les gens plient bagages et partent. L’exode des chrétiens d’Alep commence. (...) Les gens éprouvent un arrachement douloureux : soudain disparaissent toute l’histoire personnelle et tous les souvenirs. Il ne reste que des débris et des personnes tremblantes, effrayées, dénudées psychologiquement de tous les objets d’affection, sans parler de ceux qui ont perdu des personnes chères. Aujourd’hui, j’ai vu dans ces quartiers Job, l’homme éprouvé...

5 janvier 2016

«Bonne nouvelle». L’électricité est revenue. À minuit, alors que je me glissais dans mon lit avec mes vêtements pour qu’ils soient chauds quand je les mettrai le lendemain matin, ma chambre s’est soudain illuminée. Incroyable ! Cela faisait trois mois qu’on n’avait plus d’électricité. J’ai sauté de mon lit en pyjama, malgré le froid, et j’ai couru pour allumer le chauffe-eau. Dans le couloir, j’ai croisé le Père Ghassan qui courait comme moi allumer le chauffe-eau. On s’est félicité pour cet heureux évènement. Je me suis rendormi; mais tous les quarts d’heure j’ouvrais les yeux pour voir si l’électricité était encore là. À 5h 12’, je me suis levé et j’ai pris un bain chaud ! J’ai pu me raser à la lumière de la pièce au lieu de celle d’une lampe de poche. (...) Le courant est resté jusqu’à 6h du matin. De quoi mettre le moral de tous au beau fixe. Tout le monde ne parle aujourd’hui que de l’électricité de retour cette nuit. Les dames n’ont pas dormi. Elles ont fait la lessive et enfin pu repasser les chemises et les pantalons.

17 janvier 2016

Vers 16h, les obus ont commencé à tomber autour de notre résidence: neuf ont explosé sur les dix-sept tirés. Et la nuit, les bombardements ont continué. Vers 22 h, un obus a atterri devant la porte du dépôt de distribution du service pastoral, une branche du Service jésuite des réfugiés. (...) Ce matin, nous avons vidé le dépôt et, à la place de la porte défoncée, le curé a construit un mur.

Le Père Hallak est engagé à Alep auprès du JRS. Il tient un journal de bord dont sont tirés les passages ci-contre vécus durant les bombardements de 2015 et 2016.
Vous trouverez des nouvelles plus récentes de lui et d'autres extraits de son journal sur choisir.ch, rubrique jésuites et jesuites.ch, réseau jésuite

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