mercredi, 06 juillet 2011 12:00

Le livre, reflet d'humanité

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« Le monde est fait pour aboutir à un beau livre » (Stéphane Mallarmé)

« Avez-vous aimé ? » N'est-ce pas la question fréquente qui vous est posée après la lecture d'un livre ? Lecteurs et lectrices deviennent, en lisant, les juges d'un monde nouveau et l'auteur tremble sous le frisson de la critique. Interdire un livre, le dénigrer, le jeter, le brûler, n'est-ce pas attenter à la vie ? Ou se méfier de la culture ? Je me souviens encore du temps où la lecture de la Bible, dans un foyer catholique, était interdite par l'Eglise ! Bon Dieu, direz-vous, pourquoi donc interdire la Bible, la parole divine incarnée dans les mots ? Parce que le catholique n'avait pas le droit à l'interprétation personnelle. Ce personnage « immature » devait obligatoirement s'en référer au prêche de son curé avant de s'engager dans la découverte et la méditation de la Vérité.

Tous les régimes, politiques ou religieux, ont invoqué la censure du livre pour mettre leur pouvoir à l'abri de la contestation, du débat, du doute. Néanmoins, le livre, imperturbable, a traversé les civilisations pour aboutir - au moins provisoirement - entre les touches fébriles d'un quelconque iPad ou autre bijou électronique ! Que les nostalgiques se rassurent : le bon vieux livre de papier ne faiblit pas sous le coup des censeurs et des technologies. Votre bibliothèque, si modeste soit-elle, veillera longtemps encore sur les plaintes et les espoirs de l'humanité, les fruits de la recherche et les promesses des poètes, la fureur et la tendresse, l'émotion de l'adolescent et la tendre complicité des amoureux de la chair et de l'esprit.

Le livre n'est pas seulement une tâche et un produit, plus ou moins réussis. Il est d'abord un acte d'amour, un pacte mystérieux entre l'auteur, sculpteur d'un monde nouveau, et son lecteur. J'ai bien écrit : « acte d'amour ». A comprendre au sens fort du terme. Voici quelques semaines, je regardais un éditeur-imprimeur travaillant avec son ouvrier à la sortie de presse de la couverture d'un livre. Ces hommes humaient le papier, auscultaient sa texture, critiquaient ses couleurs, interrompaient le tirage, puis remettaient en route la grosse rotative pour de nouveaux essais. « C'est sensuel, le papier », osais-je leur souffler. Ils ne m'ont pas contredit. Un livre est palpé, humé, caressé, avant même d'être lu ou même d'en connaître l'auteur !

Le livre est vivant. Le journal aussi, quoique beaucoup plus périssable. Le livre est fragile, mais résiste au temps. Il est dangereux et odieux, ou encore ravissant, poignant? tout le vocabulaire humain peut lui être attribué. Le livre est « sacré ». J'en veux pour preuve une étrange découverte. Dans une ville d'Ukraine, Lviv (ou Lvov), je visitais il y a quelques années ce qui fut l'église des jésuites. Aujourd'hui encore fermé au public, cet édifice de beau style baroque a servi de « tombeau » aux rafles opérées sous le régime communiste dans les bibliothèques des couvents et monastères du pays. Les ouvrages furent rassemblés en vrac en ce lieu, sur des étagères s'élevant de la nef au plafond en passant par la tribune et les grandes orgues. Le culte était et y demeure impossible, mais les livres, loin d'être brûlés ou dispersés dans la nature, furent ainsi protégés et sont actuellement placés sous la protection de l'UNESCO. Je ne peux m'empêcher de croire que des hommes, en dépit de la furie de l'époque, respectèrent le caractère vénérable de leurs proies et de leur provenance.

Le livre est parole. Et la parole est l'un des dons les plus sacrés du Créateur à sa création. Sans doute, le livre peut mentir, débaucher tous les sens et provoquer des haines implacables. Nul, cependant, ne peut se soustraire, ne fût-ce qu'un instant, à l'appel de la beauté, du rêve? « Ecrire, avouait Albert Camus, c'est mettre en ordre ses obsessions. » Lire permet de surmonter les nôtres et d'assumer notre destin. Alors, sur la plage ou les alpages, prenez, lisez un livre. Oui, un seul peut-être. Celui qui « soupirait » depuis si longtemps sur la table de nuit ou sous la poussière des rayons de votre bibliothèque !

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